Edenya - Le jeu de rôle médiéval-fantastique en ligne

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Icosaedre
   Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 00:43

Maitre de jeu
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Bon gré mal gré, une nouvelle fois, nombre de personnages influents, morts une fois, deux ou même plus, s'étaient rassemblés dans ce lieu qui n'existait que part la volonté d'un être mineur. Hors du temps et de l'espace, l'édifice artificiel permettait de faire se rencontrer des être transcendants appelés joueurs et des êtres virtuels, semblables à des pantins appelés personnages. Chose étrange cependant, tous semblaient dotés d'une personnalité.



Ce qui était formidable avec ce genre de lieu était la manière dot arrivaient les spectateurs, chacun avait une arrivée étrange, certain apparaissent, d'autres tombaient du ciel, d'autres sortaient du sol des Vahaliens... Pardon, des morts-vivant, d'autres encore arrivaient par l'embrasure de portes psychédéliques. Et alors que la salle était comble depuis quelques minutes, les lumières de la salle s'éteignirent, à l'exception d'un projeteur pointé sur le rideau côté jardin.

Alors, sortant des coulisse, un jeune homme à la crinière de rousse, connu des Vahaliens pour sa forte voix et ses annonces sur la grande place, arpenta la scène pour se placer devant le pupitre. Le jeune homme des montagnes n'était plus adolescent, mais ce jeune âge n'avait pas été dépassé depuis longtemps, mais chose plus remarquable était les vêtements sobres et élégants qu'il portait, très différente de ses frusques habituelles, sa tunique pourpre liserée d'argenté lui donnait un air sérieux qui ne collait pas vraiment à sa réputation de turbulent.

Il était compliquer d'expliquer comment le curieux jeune homme s'était retrouvé à cette place alors même que Gahin Khonu avait effectué un travail remarquable les années précédentes. Peut-être ce dernier avait-il d'autres contrat qui l'avaient obligé à refuser d'animer à nouveau la cérémonie, probablement des apparitions pour des vœux de bonne année sur les forums de jeu de rôle. Mais il était bien plus probable encore qu'il y ait eu des coupes budgétaires et que comme la première année où en l'absence de gros budget, ils avaient recruté un elfe immonde et bègue pour les présentations, ils avaient choisi cette fois encore un Vahalien, un peu plus distingué cependant. Quant à qui étaient ce ils, c'était une autre question.

Le rouquin qui avait été sélectionné n'avait pas eu droit au vote et n'était que peu conscient du pourquoi et du comment il s'était retrouvé là, pourtant, tout était clair sur la démarche à suivre pour la cérémonie, comme s'il avait fait cela toute sa vie. Alors très vite, sa voix rythmée et poétique vint frapper les tympans de l'audience.


« — Salut la gal'rie ! Chu Shautmand ! C't'un immense plaisir d'présenter les résultats lors d'cette cérémonie des Edenya Awards ! C'tte année encore, seront récompensés les meilleurs et les pires de ceux qui ont vécu à Vahal et par-delà les nymbes. Tout'ces histoires dont ils sont à l'origine méritent qu'on les r'tiennent. Et pour ça, faut les applaudir !

Vous s'rez priés d'applaudir aussi l'magnifique Sakavaal Séhvair, qui va m'filer un coup d'main pendant tout c'calvair ! »

Une nouvelle année, une nouvelle cérémonie. La précédente semblait pourtant bien loin à Sakavaal Sévhair, l'énorme minotaure maniéré qui, comme à son habitude, était tiré à quatre épingles. Il avait oint d'huile parfumée son pelage de jais sous lequel jouaient des muscles hypertrophiés, poudré son mufle rose et posait cérémonieusement ses doux yeux gris ourlés de longs cils noirs sur le public présent ce soir, un sourire réservé aux lèvres.

Comme il mettait un point d'honneur à ne jamais se montrer vêtu de la même tenue à deux soirées différentes, son choix du jour s'était porté sur des apparats qui renvoyaient particulièrement la lumière. Dans sa tunique couleur or portée très (trop) près du corps et rehaussée de sequins, ses chausses tout aussi ajustées d'un brun chatoyant et ses élégants sur-sabots dorés taillés sur mesure et assortis aux deux billes d'or protégeant les grands imprudents des pointes de ses cornes, il chatoyait terriblement. Une ravissante cape de velours brun ondoyait sur son épaule à chacun de ses mouvements.

Toujours très soucieux de l'étiquette, très droit au fond de la scène, il attendait donc religieusement le signal du maître de cérémonie qu'il ne connaissait guère, cette année, mais qui semblait être un drôle de trublion. Que devenait donc son acolyte Gahin ?

Sakavaal salua très solennellement le dénommé Shautmand qu'il jaugea discrètement d'un œil expert. Le bonhomme vêtu de rouge semblait au moins fort à l'aise sur scène. Jeune homme bien de sa personne, il faisait preuve d'un goût certain en arborant ce costume lui aussi joliment ornementé et fort ajusté, quoique l’œil expert du minotaure le sentît quelque peu gêné aux entournures. Il n'aurait pas dû : cela lui allait à ravir, comme il l'en avait informé à mi-voix en coulisses.

Une fois la cérémonie démarrée, Sakavaal, enfin présenté, s'avança sur scène d'une démarche élégante, salua le public d'une preste courbette et se posta au fond. Non loin de lui, l'étagère sur laquelle reposaient les divers trophées, exceptionnels cette année, était masquée par les rideaux des coulisses.

Chacun ayant rejoins sa place, et les applaudissement faiblissant rapidement, le crieur public leva la main pour que cessent les dernier clappements et profita du silence qui suivit pour entamer les festivités.


« — Beaucoup de Vahaliens ont marqué l'histoire d'cette belle ville, mais tous ne l'ont pas fait avec autant d'panache ! Tous ne défendent pas Vahal à la hache, mais ne vous faites pas de bille, les actions qui marqueront votre mémoire, n'en sont pas moins une raison de trinquer et boire !

J'déclare donc la cérémonie la cérémonie des Edenya Awards 2019 ouverte ! »

Shautmand n'avait aucune idée de ce que voulait dire ce nombre, était-ce là la 2019 édition, était-ce un nombre choisit au hasard ? Les organisateurs ne savaient ils pas compter ? Et s'il s'agissait d'une date ? N'étaient-ils pas au courant que l'année était 52 et non pas 2019 ? Avait-il voyagé dans le temps ? Le curieux se posait pleins de questions auxquelles personne ne pouvait répondre, mais si cela l'avait déstabilisé, il n'en montra rien à la salle qui faisait un raffut monstre en frappant dans leur extrémités, tous n'ayant pas de mains. Le maître de cérémonie en avait une et il l'éleva pour pouvoir se faire entendre.


« — La première catégorie, c'est l'parasite ! Pas d'railleries, vous en s'rez vite ! Mais il en est un qu'est pas commun, c'est un pitre, il en a fait des tonnes et des litres. L'gagnant d'la catégorie parasite n'est autre que... »

Petit instant de suspense afin de faire monter la tension dans la salle. La catégorie n'était pas la plus importante, mais ce fut certainement le plus long des silences de la cérémonie à venir.


« — Dagnir Al'Felagund ! »



Il se demandait encore ce qu'il était venu fiche ici ? Autour de lui, tous les larmoyants amoureux des 'tis lapins étaient là, pour cette cérémonie ridicule. Il lançait des regards sombres et furieux autour de lui, prêts à remballer le premier mièvre qui lui adresserait la parole. Il y avait donc plein de gens, et une estrade, avec le gamin braillard qui aimait faire jouer du tambour avant de dire des âneries, et une vache quelconque. Curieux qu'elle ne soit pas garde, étant donné que les gardes accueillait tout ce qui avait des gros muscles et pas trop de cervelle. Peut-être cette vache-ci avait-elle de la cervelle, donc ?

Et tout à coup, voilà que le gamin l’appelait pour lui décerner le titre de...

Parasite ?

Il poussa un juron entre ses dents, alors que tout le monde le regardait et attendait qu'il monte sur scène. Il envisagea un moment de juste faire demi-tour, mais non, ce serait trop simple, et c'est d'un pas digne, le regard sombre et la mâchoire serrée, qu'il franchit les gens et monta sur scène, laissant la vache lui remettre son prix avant de lui demander un petit discours de remerciement.



Agréablement surpris par la méthode d'annonce de son nouvel acolyte, qui ne manquait pas d'originalité, Sakavaal estima que tout se passerait à merveille.

Toujours à l'affût des ragots de la petite ville, il n'avait pas manqué ouïr nombre d'entre eux concernant Dagnir, le désormais mythique elfe acariâtre. S'il ne pouvait décemment pas approuver ses manières de rustre ni ses loisirs répugnants, il lui fallait reconnaître le charisme indéniable du personnage à la beauté négligente et diaphane, aussi froide et élégante que le givre. L'air peu amène affiché par l'échalas ne lui disait rien qui vaille, aussi s'en approcha-t-il avec précaution. Il le félicita obséquieusement mais du bout des lèvres en lui remettant son prix :


« — Noble représentant du beau peuple à l'allure divine dans sa savante négligence, veuillez pour vos actions recevoir ce trophée avec mes humbles félicitations. Malgré les détracteurs, vos actes ont fait de vous une figure notoire de notre belle Vahal, vous conférant l'immortalité n'en déplaise aux vils jaloux. Permettez-moi d'ajouter que nul affront ne saurait entâcher votre charme. »

Dagnir grinça des mâchoires avant de toiser l'assemblée de niais.


« — Voilà. On ne va pas chanter kumbaya dans les champs avec les 'tis lapins, et on est considéré comme un parasite. On vous aide à retirer les œillères que, tels de bons canassons, vous vous mettez sur les yeux, et on éradique la criminalité de Vahal, et on est un parasite ? Eh bien soit, attendez-vous à continuer à être parasité par ma douceur et ma joie de vivre, jusqu'à ce que vous vous sortiez les doigts du fondements ! Vous n'avez pas fini d'entendre parler de moi, je vous le dis tout net ! »

Puis, son prix sous le bras, il traversa de nouveau la salle, le regard assassin, et quitta les lieux.

Toutefois, il ne goûtait guère le tatouage quelque peu vulgaire courant sur le cou gracile de l'individu : c'était un manque de goût certain, mais tous ne pouvaient pas avoir la classe d'un Sakavaal. Cela fait, il recula d'un air précieux dans le fond de la scène pour écouter le discours du sculptural grincheux. Ce Dagnir, à l'entendre, était un incompris. Un rebelle ! Le minotaure fronça subtilement le mufle, désapprobateur. Quelle vulgarité, là encore... Cette attitude et ce langage provocateurs étaient clairement indignes d'un gentilhomme ! Mais au moins, le subversif personnage ne s'attarda-t-il guère et le cornu fût-il soulagé de le voir quitter la scène sans plus d'esclandre.

Puisqu'il ne fallait pas laisser de blanc et encore moins la mauvaise humeur gagner la salle, le jeune homme des montagne vint très vite réagir aux propos du gagnant.


« — C'est beau d'voir quelqu'un se dédier autant à animer une ville ! J'peux que l'soutenir, non pas une fois, mais mille !»

S'ensuivit une vague d'applaudissement qui marqua la fin du temps impartit à cette joyeuse mais peu glorieuse catégorie. Malheureusement, l'enchaînement était prévu pour commencer par les catégories les plus tragiques. Shautmand n'avait nullement révisé la chose puisqu'il n'avait été au courant de son rôle que lors de son arrivée involontaire dans la salle. Pourtant quelque chose dans sa tête faisait que le déroulement de la cérémonie lui apparaissait très clair. Et nulle hésitation ne survint lorsqu'il s'adressa à la foule pour faire la transition.


« — M'dame, M'sieur ! Z'avez d'jà les les larmes aux yeux, c'est beau, c'est joyeux ! Mais r'tenez vos pleurs, le prochain, c'est l'meilleur, c'est comme ça qu'certains meurent, et c'pas pour vous faire peur ! Si j'ignore le gagnant pour l'instant, Ci-gît... récompensant à présent, un mort, deux fois mort, sans remords. »

Le jeune maître de cérémonie se pencha, ramassa une enveloppe qu'il avait fait tombé dans un movement théâtral qu'il avait effectué pour mimer quelqu'un mourant dramatiquement. Il l'ouvrit discrètement tandis que sa voix forte et charismatique résonnait dans toute la salle.


« — L'award d'là mort pathétique, d'la catégorie Ci-gît... Revient à donc ààààààà »

Petit silence de suspense, mais bien moins long que le premier, Shautmand qui avait l'habitude de s'adresser à une foule savait qu'il valait mieux varier ses technique si l'on voulait la captiver sur une longue durée.


« — Tryphouil l'Eil ! »



« — Ces bêtes sont trop mignonnes ! J'les ai à la bonne ! Mais y'a trop d'violence à Vahal, normal qu'elles s'fassent mal.

Chu au regret d'vous annoncer qu'Haddieumont Dekruel n'a pas voulu rendre son âme, alors, y'aura qu'son portrait ! Mais admirez ce beau trophée confectionné par Niniel, notre sculptrice en chef ! Une merveille ! »

Nul ne saurai s'il parlait du trophée où de la sculptrice, mais tous pouvaient admirez le magnifique ouvrage qu'était le trophée dédier à cette catégorie.



« — Vous pouvez l'applaudir pour son merveilleux travail. Et aussi, un grand bravo à l'eïl pur sa mort héroïque ! »

Une clameur retentit dans l'édifice, applaudissement, cris et sifflements joyeux emplissaient l'espace sous l'effet de l'émotion. Il fallut un moment au jeune homme pour faire cesser le bruit.


« — C'tait une bel'mort ! J'pense qu'tout l'monde s'en souviendra sans efforts. Un beau geste, mais l'intention n'suffit pas toujours. Séchez vos larmes, place à l'amour. Nan, j'déconne, la prochaine catégorie, c'est celle d'la baston. Moi j'vous l'dis, on en manque pas à Vahal, c'est d'la bonne, épée, arc, dague ou baton, peu importe tant qu'ça fait mal. »

Oubliant un peu son costume gênant, l'homme des montagne commença à mimer une baston sur scène, les présentations formelles n'étaient de toute évidence pas de son ressort, mais il fallait reconnaître que lorsqu'il s'agissait de divertir une salle, peu l'égalaient. Se battant d'abord dans le vide, puis s'approchant du minotaure à côté duquel il paraissait presque ridicule, il parvint tout de même à lui faire un peu peur en arrêtant à quelques centimètres seulement de son torse. De toute évidence, ce minotaure là n'était pas de ceux qui avaient l'habitude de manier la hache. Puis, il revint vers son pupitre et dans une fente en avant, tel un épéiste, il attrapa l'enveloppe contenant le nom du gagnant. Il se releva et se tint parfaitement droit, contrastant largement avec les quelques instants de folie qui avaient précédé.


« — Dans la catégorie "À couteaux tirés", l'gagnant, c'est... »

Il jeta un rapide regard au papier qu'il venait de sortir.


« — Pagaille à l'As de Trèfle ! »

Alors que les mains et autres extrémités de membres s'entrechoquaient dans l'assemblée, une image apparut derrière le présentateur. Ce dernier n'avait pas besoin de se retourner pour savoir ce qu'elle représentait puisque par une magie étrange, celle-ci encombrait son esprit tandis que le texte qu'il devait réciter défilait déjà dans sa tête.



« — Y'a beaucoup d'participants, du coup, y'a pas d'trophée, si ce n'est pour l'eïl qu'est mort en s'interposant, c'était pas une fée. Mais v'pouvez applaudir tous les participants d'cette joyeuse fête ! Il le méritent, même si c'est un peu des bêtes. Et comme artiste pour cette magnifique fresque, Wady, une muse ou presque !»

Pour cette récompense, aucun olibrius ne devait monter sur scène. En revanche, comme annoncé par le bon Shautmand, la voix de Vahal, une talentueuse artiste leur faisait l'honneur de les réjouir de son oeuvre. Laissant donc son acolyte se charger de l'annonce du résultat, le minotaure se contenta de sourire sobrement, avec la retenue requise par la mort d'une personne et demie tout de même, tout en admirant lui aussi l'humour singulier et la patte inimitable de la peintre, applaudissant avec ferveur.


« — Et si j'peux faire un commentaire, vous r'marquerez qu'les bastons d'taverne ont la cote aux Edenya awards, mais qu'ça motive pas à en faire, n'allez pas mettre le bazard au Vers ou ça va bard...»

La dernière syllabe fut coupée, soit par désir de rime soit parce que le personnage se rendait compte que son conseil était plus une incitation qu'une mise en garde. Tiens, il aurait peut être dû utiliser "garde" pour faire cette rime. Peut-être que cela aurait refroidit le gens... ou pas. Il fallait dire que la garde n'était plus trop en position de force à Vahal. Mais là n'était pas le sujet à débattre, il fallait qu'il enchaîne.


« — En tout cas, un grand bravo à ces joyeux luron pour dynamiser la ville. Si v'voulez leur faire d'l'ombre, coupez avec l'As de Cœur ! »

Jeu de mot magistralement mauvais mais qui étrangement, du fait de son chrisme fit rigoler une bonne partie de la salle. Cela avait aussi l'immense intérêt de lui permettre de faire une transition pour annoncer la catégorie suivante, une catégorie qui ravissait le cœur d'artichaut de Sakavaal, qui battit gracieusement des cils en entendant son comparse l'annoncer. Enfin, la plus belle chose en ce monde ! Shautmand poursuivit :


« — Et puisque j'vous parle de cœur, place à l'amour, des histoires de fleurs, à Vahal il y en a tous les jours ! Alors une catégorie a été crée à ce titre ! "What is love ?" Sur c'pupitre, la réponse s'offre à vous. Et l'couple élu par les vahalien pour r'présenter l'amour en Edenya c'est... »

Le saltimbanque se permit une nouvelle pause assez longue afin de refaire monter la tension spécifique à ce genre de cérémonie.


« — Hein ? Hein ? Qui c'est qu'c'est ? On s'demande bien. »

Il lu le nom inscrit sur le carton.


« — Y'a qu'moi qui c'est, le pouvoir ! »

Un sourire sadique s'afficha sur son visage tandis qu'il faisait durer l'attente.


« — Andraste de Lamarck et Hibou des Neiges, aka Su-Li ! »



À l'annonce des résultats, alors que les applaudissement commencèrent à assourdir toute la salle, Sakavaal craignit un peu que les vainqueurs dans cette catégorie — ou plus précisément, la gagnante du duo — ne se montrent aussi désagréables que d'autres à la réputation sulfureuse par le passé. D'après les on-dits, la créature borgne était particulièrement désagréable, quoique son compagnon eût bonne presse.

Tranquille furent ceux qui ne virent rien venir. Les traits calmes de Su-Li se figèrent soudain, les paisibles ondulations arrêtées par la surprise. Un haussement de sourcil vint rapidement accueillir l’annonce, puis joua sur le front indécis. Comment cela… ? Leurs amours avaient-ils été tant exposés, que Vahal les érigeait en trophée… ? Une mimique perplexe vint tirer sur une commissure. Notre oiseau était mitigé. De tous les prix, celui-ci était sans doute le plus intime. Et n’était pas Hibou celui qui se laissait volontiers dévoiler, déplumer. Il pivota la tête sur Andraste.

Elle. Elle se sentit défaillir, évidemment, imploser, sans aucun doute. Si le visage de l’homme ailé pointait le bec dans sa direction, il se pouvait bien qu’une foule pleine du tout Vahal en fit de même. L’assemblée ici présente, toute la ville, il fallait le dire, devait maintenant entendre tambouriner la panique au fond de la poitrine andrastique... c’était absurde.

Oh de cette mine d’abord blême, confite puis déconfite ensuite, il y avait bien des choses à dire, oui : rose, pamplemousse, pivoine, jolie coquelicot nouveau ; un feu d’artifice, le bouquet rougeoyant, la honte battue et montée en neige, une noisette de tomate en concentré, pour corrompre cette figure de houmous.

La brune sauvage, fougueuse, froide et brûlante, cavalière en toute circonstance, la voilà qui prenait feu, mais sans bruit, sans souffle, et d’ailleurs cela faisait un moment qu’elle n’avait pas respiré, alors... elle ouvrit la bouche, un peu, jeta un oeil sur son compagnon d’infortune, son contraire, son Autre, les lèvres s’étiraient encore, encore, et plus encore, les dents s’écartaient, et d’ailleurs, c’est la mâchoire tout entière qui se décrocha. La gueule de hyène, béante, ahurie, soufflée par l’annonce improbable, les noms, le titre, le choix des marionnettistes derrière chaque vahalien. L’amour maintenant devait-ce être eux ?

Eux... vraiment. Oh Diable ! Hibou était fixé sur ce spectacle coloré, cette expression trop ahurie pour même penser à tempêter sur l’outrage sentimental qu’on osait lui attribuer.


« Mais... mais... je... nous... enfin, je... » Andraste tremblait et balbutiait comme une démente. Ses doigts arachnéens se plaquèrent contre ses joues violacées, elle voulait se cacher, disparaître. C’était trop. Si honteux. La face de l’oiseau fondit un peu, et alors qu’il ouvrait le bec pour tenter l’apaisement, on les appela encore. Andraste, automate auquel on aurait bricolé une hyper sensibilité, se dressa comme une pique, les mains complètement étalées sur la face. Elle se cacha même la vue. Ils n’étaient pas là. Elle ne les voyait pas. Ils n’étaient pas là. Pas là. Non non non non non... Su-Li se leva à sa suite, et son maintien trébucha sur son palpitant. Au côté d’Andraste qui lui avait si bien ôté ses masques, il ne savait rester de marbre, réalisait-il. Et ainsi debout, à travers le plumage de l’oiseau, on pouvait percevoir une maladresse en filigrane, une jeunesse usée et bien peu assurée. Il tendit la main vers la borgne, aile qui passa sur le coude puis dans son dos. Et elle…

« Hibou Hibou ? »

Toujours planquée.


« Ils sont partis ? »

Cette Andre là, c’était l’Andre enfant. Et l’Andre ne voulait pas trop trop monter sur l’estrade, ça non. Un sourire lui répondit, bien étalé et attendri. Qu’elle ne vit pas, cela valait mieux peut-être aussi. Merci Vahal ! Cette opportunité unique de la voir ainsi… Une pression dans le dos d’Andraste lui indiqua un pas à faire. L’automate suivit. Deux sièges, voilà qu’ils passaient dans l’allée. La petite femme avait, comme... rapetissé pour se fondre dans l’ombre du plus grand. Alors le murmure du Hibou chuta sur l’oreille de l’Andre.


« On ne les verra plus trop, bientôt. » Car la lumière vers laquelle ils allaient était toute aussi aveuglante que profonde serait l’ombre de la salle… n’est-ce pas ?

Il sembla en tout cas qu’ainsi aidée, elle concédait à ses jambes de prendre la route indiquée. Tant que sous sa tignasse et ses ongles pouvait s’abriter l’expression de panique. Diantre, pourquoi suivait-elle ? Et les pas de Su-Li, bien volontaires à aller à l’échafaud. Car c’était cela, sans doute. On leur voulait quelque-chose, il fallait savoir quoi, pourquoi, quitte à y perdre des plumes. Ils atteignirent les quelques marches, Su-Li à faire rempart entre les spectateurs et la désemparée. Petits pas et grandes enjambées, opposés en apparence, en caractère, la hyène et l’oiseau avaient pourtant en leur tréfond une vibrance commune. Quelque-chose qui les joignait, en résonnance, et tant, que les mots n’y suffisaient en rien et que le silence en criait. La connexion était palpable à qui savait sentir un peu. Sortir des ombres était pénible, finalement. Celles-là leur sembleront bien confortables, après ceci. Être fugitif n’était pas si mal... À se cacher des esprits vengeurs, qu’ils retournent aussi y cacher leurs humeurs, et bien volontiers cette fois-ci ! Une forte réticence tissait ainsi son fil autour de la relative aisance hibouesque. On ne montre pas, ce à quoi on tient. On ne dévoile pas les failles les plus immenses. On ne se découvre pas, on feint, on ment, ou ce qu’il chérit lui sera ôté. Il ne faut rien posséder, rien aimer. Rien qu’on ne puisse arracher soi-même avant qu’un autre l’altère. Alors monter là, pour cette récompense-ci, et si démuni… allait-on plus tard le dépecer ? Et cet amour-là, sentiment pour un humain, un mortel, allait-on à elle, la lui retourner comme une arme ?

Les y voilà, dans la lumière. Hibou coula un regard sur la sombre tignasse, pour en estimer la vaillance et équilibrer avec la sienne leur duelle balance. Morte de peur, toujours incandescente, elle avait pourtant trouvé le courage de renoncer à se masquer pour se tenir les bras, croisés près du cœur, les mèches noires en boucles indomptables sur sa mine un peu luisante et chaude maintenant. De là-haut, c’était vrai, on ne voyait de la salle qu’une étendue d’anonymes silhouettes. Su-Li tenta de détendre un peu sa face. C’était fastidieux et bien inutile. Si le regard des autres ne le gênait pas, leurs intentions le faisait plus. De lui-même, le précieux minotaure dû s’approcher d’eux. Car ils avaient bien ralenti le pas, et il ne faudrait pas grand-chose pour les re-précipiter dans les ombres, vu la vulnérabilité qui les entravait chacun. La honte pour l’une, la méfiance pour l’autre. On leur présenta le trophée. Su-Li récupéra l’objet sans bien s’attarder dessus. Son regard hibouesque rencontra celui du minotaure, fouilla ce qu’il pouvait y voir. N’y rencontrant aucune malice, l’œil s’adoucit alors, puis libéra le colosse de son instigatrice attitude. Il le salua sobrement d’un signe du chef, de même pour Shautmand.

Crispé mais toujours droit comme un "I", Sakavaal observa l'arrivée du couple drôlement assorti en retenant sa respiration. Lui semblait surpris mais serein, comme l'érudit bien élevé qu'il était censé incarner. Elle, en revanche... Il semblait en effet que du grabuge s'annonce, à voir leurs mines. Allaient-ils faire un malaise ? Shautmand réitéra l'appel dans la salle qui retenait son souffle face au trouble de la paire blanche et noire, les deux pièces contraires peinant à se lever pour arpenter l'échiquier... Finalement, la sauvageonne se dressa, l'air prête à défaillir ou à pleurer, suivie de son binôme, et le minotaure pinça les lèvres. Pas maintenant, pas aujourd'hui, pas de scandale, par pitié... Ils s'étaient tous donné tant de mal à préparer cette magnifique cérémonie ! Enfin, ils furent sur l'estrade, non sans mal. Trop bien éduqué pour piaffer d'impatience, le taurin maniéré prit sur lui de s'avancer dignement vers eux, leur fit une courbette et leur tendit le trophée , répondant à la méfiance aviaire d'un charmant battement de cils :


« — Jeunes gens, veuillez recevoir avec mes hommages ce prix dûment mérité. L'amour toujours triomphe, dans l'ombre comme la lumière, et se fait toujours joie de réunir les cœurs les plus contraires. Tels le jour et la nuit, vos âmes se complètent et s'entre-dévorent avec une passion digne des contes les plus enflammés. Puisse votre incroyable feu éclairer à jamais nos regards ébahis ! »



Le bovin leur remit le trophée et les invita au discours d'un geste du bras et recula subrepticement dans l'ombre. Cet oiseau-là et cette... indéfinissable donzelle-ci dégageaient une aura étrange, dangereuse et attirante à la fois, mystérieuse et presque irréelle. Pourtant, l'amour était sa faiblesse, impossible de rester de marbre. Le cœur battant, Sakavaal espéra sans y croire, au vu de leurs réticences criantes, un baiser théâtral qui soulèverait la salle de joie.

Comme pour les prix précédents, quelques mots étaient escomptés, semblait-il. Et notre beau parleur était inhabituellement démuni. Les quelques pas qui l’approchèrent de l’endroit central révélèrent pleinement le désarroi des ailes ballantes. L’assurance faciale s’était tout à fait envolée, les sourcils froncés sur une sévérité involontaire, chavirant sur l’indécision. Les mots qu’il pourrait dire ne devraient être destinés qu’à Andraste. Les remerciements… il n’en savait trop d’où, pourquoi, et il restait mitigé sur sa reconnaissance. Leur histoire… leur histoire était bien longue et complexe, il ne la ferait pas tenir sur une minute de temps. Et les banalités, on savait bien qu’il n’y voyait guère d’intérêt. Alors Hibou pivota la face sur l’Andre, espérant y trouver inspiration dans sa détresse. La détresse était bien là, toujours un peu, en berne sur le front de celle qui ne craignait rien de plus que d’être autopsiée pour qu’on lui découvrît un cœur... et pourtant, elle donna soudain l’air, offrant son oeil unique et fébrile au regard haut-perché d’oiseau, de vivre enfin, à nouveau. Ce prix qu’il tenait en main, il ne signifiait rien de si monstrueux. Mais si ce monde-ci avait décidé de mettre au pinacle la folie pour lui broder le nom « d'Amour », alors au nom de sa démence bien-aimée, elle devait s’offrir au rôle, le saisir, et le bafouer à son tour d’une nouvelle forme !

Elle cessa soudain de trembler, elle ne se cachait plus derrière Su-Li. La peur s’était changée d’un seul coup, une lame d’acier trempée dans l’eau claire de la révolte. On ne se jouera pas d’elle une fois encore. Andraste se plaça plus fermement là, aux côtés d’Hibou, et cette fois, elle s’adressa à l’ensemble des invités avec la force d’un caractère qu’on lui connait bien :


« — Je vois... Alors toutes ces attaques, toutes ces mesquines intentions à notre égard ne vous suffisaient pas. Il faut maintenant qu’on nous jette en pâture aux malveillants imbéciles qui rient de mes sentiments, hein ? Tout ceci, toute cette mise en scène, ces titres, ces noms, ces paillettes et cette musique, ces ovations... et nous : deux curiosités qu’on fait défiler sur un tapis de velours... une paire de bêtes étranges, deux âmes grotesques qu’on sort juste aujourd’hui de l’ombre pour leur faire faire une galipette devant le public ? »

Sur la face grave de l’oiseau, la détresse s’apaisait alors qu’était promptement énoncé une juste part (et une fausse part) de ce qui empêchait les réjouissances. Avaient-ils imaginé des remerciements émus ? Sans doute n’étaient-ils pas ingénus à ce point, ceux qui les avaient élus. Andraste fit un pas en avant, plus près du bord de l’estrade, et cette fois-ci, un trait de défi traversa le jais de son œil ouvert sur un monde qu’elle voulait engloutir de plus bel :


« — Mais puisque l’union des monstres et des Hommes vous transporte à ce point, ne vous décevons pas ! Oui ! Je vous offrirai le spectacle absurde de ma dévotion nouvelle : moi Andraste Delamarck, je jure de me faire guide et prophétesse d’un nouveau culte, celui d’Haddhieumont et d’Elbereth, couple de l’Amour divin, et de l’Enfer ! »

Prise peu à peu dans la fulgurance de sa transe mystique, la terrible enfant éleva un peu les bras, et embrassa des paumes et de l’iris, la salle entière. Il se passait quelque chose d’inquiétant dans l’esprit de la petite folle.


« — Et parfois même, je mettrai des roooobes ! »

C’était sûr, des barrières étaient tombées, et il ne faisait plus de doute que l’accumulation d’émotions fortes sur un terreau psychique aussi fertile était en train de donner naissance à de dangereux rosiers...

Las ! Les sourcils soigneusement redessinés du minotaure observant la scène se soulevèrent face aux vitupérations de la dévergondée. Comment osait-elle traiter de pantomime ce grandiose événement ? Catastrophé, il coula un regard rapide à Shautmand, affolé par la crise de la brunette. Celui-ci semblait amusé bien plus qu'outré.

Et, outrage suprême, voilà Hibou qui, derrière Andraste, avait négligemment abandonné le trophée sur le pupitre de Shautmand ! Ulcéré mais tâchant de n'en laisser rien paraître, l'élégant bovin se redressa davantage encore, comme emmanché sur un balai, le torse bombé au défi des énergies destructrices.

Se dresser, rugir, s’approprier les offenses pour n’en pas mourir… Il y avait quelque-chose d’autre, cependant, dans la cervelle andrastique. Une note d’un autre-monde, que Su-Li n’y avait pas vu encore, mais escompté sans doute, après le passage de la guerroyeuse chez Dekruel. Et qui donnait à l’apparence du délire un accent de vérité. Il approcha d’un pas. Son attention n’était évidemment plus sur les spectateurs. L’Andre chutait dans le gouffre des émotions intenses, de celles qui ne dictaient plus rien au cœur que l’explosion, au corps que la déraison. Peu de choses sont plus vraies que cet état-ci, quand les barrières sont balayées, et qu’on voit les craquelures s’illuminer de la divine folie qui sont à tous nos fondations. À présent qu’il ne pensait plus directement à l’inquiétude initiale, la réponse que notre homme avait en périphérie s’imposa pourtant. Son assurance revint dans le même temps. Alors que la borgne prophétesse allait pour un nouvel éclat, il la devança, sur un ton qui confinait à la songerie.


« — Que vous vous retrouviez en nous, que vous nous enviez, ou que ça vous rassure, de vous distinguer de notre animalité… je ne crois pas qu’il soit besoin d’aller au spectacle : vous avez tout ça chez vous aussi, dedans. »

Un geste vif, à côté. Notre homme y tourna la face. L’Andre touchait encore un peu plus près à l’explosion… Au bord du non-retour, il fallait l’arrêter ! La serre de l’oiseau nocturne attrapa l’épaule de son Contraire dans une tentative pour la faire pivoter vers lui.


« — Andraste … ! »

Maigre tentative. Il fallait de nouveau court-circuiter ce cœur-là, tant enfoui qu’il était dur à toucher, n’est-ce pas ?


« — Andre… »

Yeux dans les siens, à espérer son attention, il leva finalement les plumes vers la mâchoire de la hyène, pour empêcher sa déviation vers la salle qui attirait encore sa véhémence passionnée. Elle tomba de sa rage, elle abandonnait ses élans, oublia ses peurs. Oui ? Qu’y avait-il Hibou ?

Sous l'effet de l'intervention de l'immaculé libraire, le pouls du minotaure put retrouver un rythme plus décent tandis qu'il contemplait la scène d'un air atterré, clairement décidé à ne pas bouger un muscle pour ramener de l'ordre. Il n'était pas vigile, après tout, et risquerait d'abîmer sa coûteuse tenue. Et soudain ! Un hoquet réjoui lui échappa.

L'ailé vint embrasser la borgne. Tenir cet éprouvé palpitant sur les lèvres, l’enrober dans ses ailes, un peu. Ils étaient vivants, ils étaient saufs, on pouvait calmer les cœurs. Les autres n’importaient pas, dans cette parenthèse. La braise andrastique qu’il avait sur la bouche carbonisait les inquiétudes, avalait la vigilance. Qu’importe ce qui les avait menés là, qu’importe les maladresses et leurs usures prématurées. Ils étaient deux troncs tordus, torturés par les vents violents qu’on leur avait infligés, et leurs branches grimaçantes trouvaient chez l’autre de quoi se tenir et résister à la tempête. Il faudrait tenir encore, et peut-être s’apaiser un jour. Pour l’heure il était vrai que les affres du temps avaient fait de ces deux âmes ensemble quelque-chose de beau. Les Dieux étaient artistes.

Le baiser se rompit, les fronts se frôlèrent. Elle esquissa presque même un début de joie en coin de bouche, apaisée, un peu. Une détendue lassitude avait pris les traits de l’homme, et un sourire dans la prunelle. Elle, laissa sa paupière tomber sur une vision mince. Il était temps. C’était assez. Qu’ils partent, qu’on les laisse.

Finalement quand le harfang embrassa son incontrôlable dulcinée dans un élan digne des plus palpitantes tragédies. Oui ! Mille fois oui ! Battant des mains avec un enthousiasme frénétique, le cornu doré sentit poindre à ses yeux l'humidité émue provoquée par ce magnifique acte de la pièce jouée par le duo. Il écrasa finalement une larme tombée quand les amants maudits s'étaient séparés, soupirant d'aise : tout finissait pour le mieux, ainsi, les cœurs en pâmoison battant orageusement ensemble. Le rapace avait dompté la tigresse avec l'arme la plus extraordinaire qui soit. Alors, peu importait l'oubli de leur trophée : le personnel s'occuperait de le leur faire parvenir. Renversant !

Dans un presque silence, malgré le monde et peut-être les murmures, les deux figures épuisées s’inclinèrent très légèrement, à l’adresse de l’une à l’autre plutôt qu’à l’entière assemblée. Calmement, l’Andre brune glissa son bras sous celui de Su-Li, près de ses côtes. Les étranges se détournèrent d’un quart du public, offrirent l’un après l’autre un dernier regard à cette foule-là, puis se dirigèrent dans un voile de pudeur vers les escaliers, la sortie de scène. Comme cela avait été éprouvant ! Mais maintenant, l’arbre à deux troncs retrouvaient son équilibre, sa pudeur un peu aussi, sa quiétude. Ils descendirent pour de bon, et sous le silence ou la clameur, retrouvèrent la cachette de leurs sièges dans l’ombre.


« — Aaaaah ! L'amouuuuur ! C'est beau ! Toujours ! Sans mots ! »

La beauté de ce qui venait de ce passer sur scène en avait éu plus d'un, même un peu Shautmand qui n'était pourtant pas de ceux s'intéressant de près à ce genre de chose, sa conception d'adolescent de la chose étant quelques peu dénaturée. Respectueux cependant, le jeune artiste reprit à un rythme un peu moins soutenu.


« — Mais c'est pas fini, moi j'vous l'dit, des belles choses, y'en a plein d'autres, vous allez vous régaler, le plaisir sera le votre ! »

Il s'approcha du devat de scène pour parler un peu moins fort, sur le ton de la confidence.


« — J'vais pas vous mentir, la prochaine catégorie, c'est pas d'la rigolade, j'vous l'fais pas dire, les nominés ont pas des cerveaux en rade. Ils s'sont fait connaître, pour d'autre chose, mais leur réussite, c'est l'apothéose ! Ils ont construit des édifices, de la première planche à la dernière vis. Leur réputation n'est plus à faire, ils méritent qu'on trinque au Vers ! La prochaine award, c'est l'monument ! Et le gagnant... »

En un geste agile, rapide et fluide, le barde, ouvre l'enveloppe, lit le résultat et met fin au silence.


« — C'est pas la garde ! »

Il fallait préserver les rimes, il n'y pouvait rien, ou presque...


« — La Vérité est Tailleur ! et son patron Deorgrim Fils de Hafgrim ! Qui a raflé plus d'la moité des votes !»

À n'en pas douter, la taillerie de Sieur Deorgrim brillait au firmament des monuments mythiques de la Vahal actuelle. Habillant toute la ville depuis des lustres, le nain caché dans l'ombre pouvait se féliciter de son choix d'employés. Sakavaal, l'émotion redescendant doucement après les éclats précédents, souriait paisiblement en le regardant monter les marches.


« — Très cher Deorgrim ! J'ai tant entendu chanter vos louanges à travers la ville et tant apprécié votre oeuvre que je ne peux que vous remettre mon inextinguible admiration en sus de ce modeste trophée. Puissent vos doigts de fée et vos infaillibles collaborateurs être éternellement bénis pour les bienfaits chamarrés dont vous couvrez littéralement notre Vahal ! »



Le trophée fut tendu au tailleur, qui se trouva invité comme ses prédécesseurs à prononcer quelques mots tandis que l'hybride retrouvait l'ombre.

Deorgrim n’en revenait pas. Il s’était habitué à sa monotone vie de modeste artisan. Peu d’habitants devaient connaitre ce nain taciturne, toujours occupé dans l’atelier à confectionner les nouvelles toilettes à la mode qui ravissaient les habitants. Cette existence loin des regards était devenue son quotidien et le voilà tout d’un coup projeté en pleine lumière !

A l’appel du jeune crieur public, il gravit les marches d’un geste mécanique sous le coup de la surprise et se dirigea vers le noble minotaure qui semblait présider la cérémonie.

Lorsque son trophée entre les mains il fut invité à prononcer quelques mots, il sembla d’un tout d’un coup revenir à lui et prononça d’une voix d’abord saccadée puis de plus en plus sûre :


« — C’est une immense surprise ! Je ne sais que dire si ce n’est … merci ! Ce n’est qu’un humble commerce mais je n’imaginais pas l’importance qu’il représentait à vos yeux ! Ce commerce se veut familial et ne serait rien sans le courage et les efforts de ses souriants employés qui m’aident au quotidien ! Heureusement que vous ne voyez pas ma tête bourrue quand vous commandez vos chemises … héhéhé !

Ce sont eux aussi qu’il faut remercier : tout d’abord la jeune Reira, et voulait voir la ville vêtue de rose ! Et puis Saat, si discret mais toujours professionnel ! Et celui qui vous ravit en ce moment, ce précieux Toquetoc ! La ville ne s’habillerait que de vieux sacs de patates sans lui ! Héhéhé !

Ma modeste échoppe vous accueillera toujours !
Encore merci chers habitants, merci monsieur Sévhair ! »

Sourire aux lèvres, le nain descendit de l’estrade en serrant bien fort le trophée entre ses bras.

Le minotaure qui avait gloussé délicatement en entendant la boutade du lauréat et se joignit comme toujours aux fervents applaudissements de la salle vêtue des créations du nain. À ses remerciements, il s'était incliné solennellement en prenant son air le plus modeste. Ne serait-il pas agréable, pour une fois, d'avoir également sa place sous les feux de la rampe ? Pourquoi personne ne le nominait-il jamais, d'ailleurs ? Ce n'était pas comme s'il était invisible en ville...

Ignorant les questions intérieures de son collègue, le rouquin ne tenait plus en place, c'était encore au tour d'une récompense action ! Mais il ne devait pas se précipiter, après tout, la récompense qui venait d'être délivrée méritait moult applaudissements.


« — C'est sûr, une boutique s'rait rien sans ses employés, mais ses murs accueillent aussi la chaleur des clients dénudés ! Merci à eux et aux tailleurs ! »

Le but étant de provoquer amusement et émotion, il ne fut pas étonnant d'entendre nombre d'applaudissements et rires. Mais trêve de plaisanteries, comme dit, il y a peu, place à l'action ! Pour marquer le coup, le jeune montagnard, claqua dans ses mains bruyamment pour faire silence dans la salle.


« — Z'êtes en manque de sensations, vous voulez plus d'émotions ? Réjouissez-vous ! pour la prochaine catégorie, c'est d'l'action ! »

Et sans perdre de temps il enchaina !


« — Dans la catégorie "événement" de l'année, le nominé gagnant est ! »

Telle une chanteuse pop d'une contrée inconnue nommée Corée dans un univers mystérieux d'un temps inexistant, Shautmand prend une pause de face, jambes écartées, poing levé.


« — Orage et fringants pirates ! »

Un bruit de tonnerre se fait entendre tandis qu'une musique digne d'un navet imitant le pire blockbuster de pirate sort des murs telles les voix d'un revenant. Les lumières sur scène se font bien plus discrète jusqu'à disparaître quand soudain, une explosion illumine la scène et laisse place à un magistral hologramme où se jouent plusieurs scène à tour de rôle. Une taverne tranquille où quelques pirates prennent tranquillement un verre. Dehors la pluie tombe et quelques être encapuchonnés se rapprochent. Puis, de retour dans la taverne, s'ensuit un enchaînement d'action, la patronne qui parle avec les encapuchonnée derrière, un être qui vient alarmer les pirates et enfin, le clou du spectacle, une bataille sanglante et virulente, digne de la réalisation d'un artificier du nom de Michel Baie.



Une fois le film magique fini, une nouvelle fresque est projetée magiquement sur le mur du fond. Les applaudissements semble vouloir concurrencer le bruit des explosions absurdes de l'animation tout juste terminée. Il fallut que Shautmand et Sakavaal attendent un certains temps avant de pouvoir poursuivre la cérémonie. Il fallait dire que le rouquin, à la différence de son compagnon de scène, avait été conquit par le moment et avait même été le premier à applaudir, et c'était ses hurlements enthousiastes. La clameur étant presque dissipée, il toussa avant de reprendre.


« — Encore merci à Wady qu'a fait c'fresques magnifique, on de vous l'a pas dit, mais elle est prolifique ! On peut l'applaudir, elle, et tous les participant de ce merveilleux événement !»

Qui sait, peut-être que ces fresques lui feraient de la publicité et qu'elle aurait plus de commande à l'avenir. Pour ce qui étaient des participants, il valait peut-être mieux garder leur noms inconnus encore quelques temps.

Pour ne pas briser le rythme dynamique qu'avait donner la visualistion magique, Shautmand, enchaîna, même s'il eut bien aimé revoir cet instant de violence exacerbée. L'élégant minotaure, pour sa part, était bien heureux de passer à la catégorie suivante, le sang avait manqué de le faire s'éclipser quelques instants de la scène, mais trop fier pour montrer une telle faiblesse, il s'était contenté de bomber le torse, sourire et regarder sérieusement la foule en grande partie dissimulée dans l'ombre des lumières aveuglantes qui balayaient à nouveau le plateau.


« — Ben ça c'est d'l'événement ! Encore un' baston dans un' taverne, à croire qu'c'est l'passe temps préféré des Vahaliens en berne. Quel exemple ils donnent aux nouveaux arrivants ? Vont penser qu'c'est aussi courant qu'le vent. »

Ça c'est d'là transition ! Shautmand était extrêmement fier de lui, et ne cherchait qu'à peine à le dissimuler, un sourire béa barrant son visage. Il eut même un petit gloussement, mais cela ne le déstabilisa nullement, une transition réussie était une transition fluide.


« — Ouaip, z'avez compris, z'avez d'viné la prochaine catégorie ! La plus belle arrivée ! Qui a gagné l'droit d'se lever ? »

Shautmand, désirant toujours changer ses technique de suspens pour le bien de la cérémonie, se déplaça jusqu'au coin avant côté cours de la scène, il commença à montrer différents nominés dans le public tandis qu'il se déplaçait vers le coin côté jardin.


« — Toi ? Toi ? Toi ? »

Puis son doigt se fixa sur une petite tête de bête ahurie qui se fondait dans l'ombre de la salle, c'était à se demander comment le rouquin l'avait repéré.



« — Toi ! M'dames, M'sieurs, applaudissez Sloth ! Frappez le sol avec les bottes ! »

Qu’avait donc fait Sloth de si spécial ? Eh bien… il ne savait pas vraiment. Pourtant voilà, son nom avait été prononcé. Par qui ? Cette sorte d’humain, de grand humain, aux cheveux de feu, et aux vêtements de sang. Tout d’abord, il ne comprit pas. Son cœur s’arrêta de battre, son aile aussi, ses yeux eux s’agrandirent. Avait-il dit Sloth ? Non, peut-être avait-il dit botte ? Mais non, c’était bien son nom, et de toute évidence, c’était sur scène qu’il devait se rendre. Ce qu’il fit. Timidement, à petit pas, mais il le fit.

À l'annonce faite par Shautmand, Sakavaal observa la drôle de petite créature qui approchait. Cet enfant était si mignon, quoiqu'il fût, se dit-il, attendri. Mais ne risquait-il pas de briser quelque chose ? Un peu stressé, le minotaure endimanché l'accueillit avec une légère appréhension aisément dissimulée sous son onctuosité habituelle. Il mit doucement genou à terre pour offrir le trophée à Sloth avec un sourire aussi bienveillant qu'étincelant. Qui donc s'occupait de l'éducation de ce petit être ? Comment pourrait-il transporter sa récompense ?


« — Sieur Sloth, veuillez pour votre rocambolesque et drôlatique réincarnation, recevoir cette modeste récompense de la part de vos concitoyens. Bienvenue un peu tard à Vahal, puisse votre énergie y rayonner pour l'éternité. Nul doute que vos exploits céans ne font que commencer, et que tous en attendent les suites avec impatience ! »

Ensuite, la petite bête s'était dirigé instinctivement vers ce bovin qui faisait bien le triple de sa taille, qui n’avait rien d’humain, mais rien d’eïlique non plus, pour y récupérer son trophée. Son trophée. Encore une fois ? Son trophée. A lui.



Sur la pointe des pieds, dans ses petites mains, il le récupéra. Cette douce récompense. Au minotaure, sans vraiment le regarder, il adressa un :


« — Merci. »

Contrairement à la majorité des lauréats, le petit dragon avait eu l'intelligence de remercier le minotaure ! Se pâmant intérieurement d'attendrissement devant cette marque de valeur, Sakavaal sourit de plus belle. Mais le petit semblait bloqué, sans doute intimidé par sa position prestigieuse.

Cela aurait pu s’arrêter là. Son nom dit, le trophée prit… déjà bien, non ? Non. Il manquait un petit détail. Ô Porteuse, y avait du monde. Enfin, pour lui, deux personnes étaient déjà beaucoup. Quand ils étaient sur un pied d’égalité, voire Sloth en dessous ça allait… mais là, littéralement sur le devant de la scène… Sloth était pour ainsi dire rigide. Contracté, les mains sur le trophée, le serrant fermement, il ne voulait faire aucune gourde. Il serait dommage de tomber maintenant, n’est-ce pas ?

Bon, allez, le silence est trop long, trop grand, trop pesant peut-être.


« Heum. »

Oui… pas mal, mais Sloth peut faire mieux c’est certain.


« La plus belle arrivée… eh ben. Heum… merci ? »

Pourquoi cette hésitation ! Oui, c’est grâce à eux !


« Oui, merci ! Je suis… extrêmement fier ! Je ne pourrais pas dire que je n’y croyais pas mais… ça se concrétise et je trouve ça… incroyable ! »

Il avait vu quelque part qu’il fallait faire des sortes de… dédicaces…


« Mais rien n’aurait été possible sans… ma Maman ! »

L’évocation de Son nom lui donna plus d’assurance, son aile se remit à battre lentement, sa voix porta un peu plus loin.


« C’est vrai ! Après tout, c’est grâce à elle ! Sans elle, nulle arrivée, nul trophée ! Finalement, peut-être que cette récompense lui revient à Elle. Je n’ai fait qu’observer la vérité… Et cela vous a plu, de toute évidence ! »

Le niveau de béatitude du remetteur de prix atteignit des sommets quand le vainqueur eut l'extraordinaire mignonnerie de remercier sa chère mère. Sakavaal ne put retenir un couinement extatique, serrant ses mains contre son coeur. Quel amour ! Il fallait qu'il adopte cette créature. Il lui ferait broder un petit sac à perles pour le transporter partout avec lui, et aussi un petit chapeau pointu avec des trous pour ses oreilles ; ce serait divin. Leur duo serait irrésistible dans les soirées mondaines !

La petite bête fit une petite courbette, pour les gens d’en bas. Pour Celle au-dessus, Celle tout autour, un regard vers le ciel et un Merci à demi formulé. Ensuite… il regarda le public quelque temps, sans rien dire, battant un peu des bras, jeta un regard vers le bovin et la flammèche. C’était court… mais Sloth n’avait pas grand-chose à dire. Les discours, ce n’était pas lui. Ce n’était personne, en fait. Sauf si un type s’appelle Discours, mais mieux valait arrêter de jouer ainsi sur les mots.

Soulagé à l’idée de quitter la scène, il commença à partir. Trop pressé toutefois, il s’emmêla les pieds se mit à courir pour éviter une chute inévitable, due à un destin beaucoup trop farceur, et s’étala de tout son long sur le sol, au pied de la scène. Heureusement, la coupe n’avait aucune égratignure. Le bovin attendri par la petite créature bien éduquée ferma par réflexe les yeux quand il le vit s'étaler... Mais il y avait plus de peur que de mal, se rassura-t-il rapidement. Poussant un soupir soulagé, il sourit benoîtement en regarda partir son futur fils adoptif si charmant, en se promettant d'aller le voir bientôt.

Ayant l’habitude des chutes, l'eïl sombre se releva sans un mot, avant de se rappeler d’un oubli. Allait-il vraiment finir le discours ainsi ? Non. Remonter pour le terminer proprement ? Quelle perte de temps. De toute ses forces, il hurla donc :


« AU REVOIR ! »

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Edité le 16-01-2020 à 01:07 par Icosaedre

Icosaedre
   Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 00:47

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Nouvelle vague d'applaudissement, Shautmand se joignant chaudement à la partie. Le dernier finit cependant par lever la main pour prononcer un dernier mot.

« — Bravo à toi, t'iras loin p'tit, ça pour sûr, t'as tout compris ! »

Shautmand le salua alors que la petite bête se faufilait dans les rangs pour rejoindre sa place, son trophée en main. Les dernier mot prononcés, le rouquin tâcha d'imaginer une transition pour la prochaine catégorie et se rendit très vite compte que c'était justement le genre de moment, où une absence de transition pouvait être bien plus appréciable.


« — Et sans transition, la catégorie des sadique, et ouai, c'est les chèques crient TIQUE ! »

Si quiconque avait trouvé le moyen de dormir dans la salle, le hurlement à réveiller les morts, même deux ou trois fois morts ne fit qu'une bouchée de leur pseudo sommeille. C'était un jeu de mot absolument pourri, mais c'était justement le charme que lui trouvait le rouquin, même s'il ne savait pas exactement ce qu'étaient les chèques. Il attendit que les quelques tympans crevés au premier rang soient soignés par la magie du lieu et que les oreilles retrouvent leur sensations.


« — Alors qui a pas réussi à surmonter d'obstacle ? Qui se pensait tigre et s'est retrouvé bernacle ? »

Attrapant l'enveloppe sur le pupitre, le maître de cérémonie en sortit un papier...


« — Le gagnant est... »

Puis un deuxième !


« — Ah ! Nous avons des ex-æquo ! Les gagnants sont... »

L'effet du deuxième papier ayant été largement suffisant, le jeune homme des montagnes ne se fit pas trop attendre.


« — Elsha et Sharan ! Ah, nan, mince, je suis une pince ! Shasha et Elaran ! »



Le lauréat masculin de cette catégorie semblait fort enthousiaste, contrairement à certains aux egos sur-développés qui prenaient mal cette distinction, certaines années. La jeune fille, quant à elle... Sakavaal, qui souriait toujours en suite à un souvenir de la description de l'événement, les accueillit tous deux avec sa componction traditionnelle. Une révérence suivie de quelques mots, malgré le comportement légèrement familier du hobbit et l'hésitation de la damoiselle — tout compliment étant bon à prendre :


« — Je vous remercie, vous êtes des gens de goût. Éblouissantes jeunes personnes, voici la récompense de vos mésaventures, qui à défaut de vous avoir ravis ce jour-là, constituent des souvenirs gravés dans le marbre de vos vies. Que seraient-elles sans ces grains de sables se glissant dans les rouages pour nous faire grandir ? Mes félicitations, ce fut absolument délicieux. »

Les noms sortirent alors, faisant bondir une petite tête parmi foule de vahaliens. Le dénommé Elaran, petit mais large hobbit, cheveux châtains courts et large sourire, sautillait depuis le public, s’exclamant à tout va « C’est moi ça ! Mais c’est moi ! ». Discret il y a quelques minutes, se contentant d’observer et se délecter de tous ces résultats, l’annonce de l’échec critique, dont il en était sûr qu’elle serait amusante avant même le résultat, l’enjoua énormément. Mais il y eut une suite à la phrase, ou un début, et ne fut pas le seul à être nommé.

En effet, il y en avait une autre, bien discrète au fond de la salle, là où l'agitation était moindre. Bien qu'isolée et peu à son aise, Shasha s'amusait pourtant. À l'entente de la catégorie, elle avait soupiré, pressentant à moitié qu'elle y passerait, mais espérant tout de même que les quelques personnes ayant eu le détail de l'affaire n'aient pas eu l'envie de la répandre. Le premier nom lui avait arraché un sourire soulagé, mais l'entente du doux chuintement de son prénom l'avait bien vite ramené là où elle se trouvait, les deux pieds sur le sol, dans une foule qu'il lui fallait maintenant traverser.

Elaran en tout cas s’avança pour monter sur scène d’un pas rapide et léger. Semblant tout de même un peu perdu, il se retourna un peu avant de s’adresser au minotaure au trophée, et rejoignit plutôt l’humaine qui montait aussi, s’adressant plutôt à elle :


« — Eh toi aussi t’as gagné, commença-t-il par une évidence, chouette ! Bravo hein ! Un froncement de sourcil, et il reprit, On se connait non ? Enfin bref, conclut-il, se rendant compte que ce n’était pas réellement l’endroit pour faire causette, allons prendre le trophée ! »

Shasha ne sut que répondre face à cette presque agression. Pouvait-il vraiment s'agir de félicitations lorsque le sujet était l'échec le mieux réussi ? Dans tous les cas, l'autre nageait dans le même bain, aussi pouvait-il sans doute le faire. Et quant à sa question, elle hocha ses maigres épaules, ne parvenant à s'en souvenir, et se défit de sa capuche, laissant ses cheveux gris onduler sur ses épaules alors que ses yeux beiges sondaient le minotaure pour ignorer la foule.

Il pressa le pas et leva les yeux vers le menton de l’imposant minotaure, son excitation soufflée par une légère crainte qui subsistait encore et toujours de ces drôles de créatures, même bien habillé. D’ailleurs, il pointa sa cape et d’une petite voix fit :


« — Jolie cape.
— J'approuve, » compléta-t-elle avec une gêne palpable, ne sachant que faire et s'en remettant complètement au semi-inconnu qu'était son compagnon de galère.

Il pointa le trophée, et demanda à la ronde :


« — Euh j’imagine que la coutume veut qu’on le prenne à deux du coup ? Si ça te va, euh.. Sasha je crois ? »

Elle hocha la tête, le laissant tout de même passer en tête, ne serait-ce que par sécurité.

Le duo s'avança, Elaran d'un pas plus rapide, une main déjà tendue vers leur récompense.



Mais les deux vainqueurs n'avaient pas gagné leur titre pour rien. Shasha pressa le mouvement pour attraper à son tour le trophée, alors qu'Elaran s'en était déjà saisi. Le trouble causé par la foule, par cette agitation et cette mise en lumière qui ne lui seyait guère, la frêle jeune femme fit un faux pas, marcha sur sa cape et ne le remarqua que trop tard, alors que son corps tout entier avait déjà basculé vers l'avant. Dans un dernier réflexe qu'il faudrait saluer, elle parvint à agripper le dos de son compagnon, plantant sa main maigrelette dans le tissu. Elaran, ne s'y attendant pas, fut entraîné par le poids de la maladroite. Il poussa un cri et lâcha le trophée dans un battement de bras, une vaine tentative qui ne l'aida pas à conserver son équilibre. Il tomba lourdement sur son séant, écrasant à moitié Shasha déjà à terre.

Le minotaure assistant de près à la situation se dit qu'il aurait dû s'y attendre de la part des vainqueurs de cette catégorie mais ne put réprimer une furtive grimace alors qu'ils honoraient leur récompense en joignant l'acte à la théorie.

Le silence se fit, alors que, dans les airs, le trophée volait, décrivant une magnifique parabole étincelante. Tous ne purent qu'admirer la grâce du lancer, au point que Shautmand, engoncé dans son costume trop serré, et pourtant bien à l'abri derrière son pupitre, ne songea à s'écarter alors que la coupe s'approchait inexorablement de son visage. Précipitamment, un bovin musqué trottina à travers la scène pour tenter de rattraper le trophée et ainsi éviter la casse. Vivant la scène au ralenti, il perdit de sa superbe en meuglant un "noooooooon" outragé alors que, main vainement tendue, il voyait le trophée s'envoler pour atterrir... *Aïe.*

Désolé pour Shautmand, Sakavaal trottina jusqu'à lui pour lui prêter assistance. Le gémissement plaintif de ce dernier retentit, alors que la coupe rebondissait sur le sol après avoir violemment heurté son visage, réveilla l'assemblée. Sur scène, Shasha cherchait un endroit où se terrer, son visage devenu rouge écarlate. Ne sachant que faire, elle tira maladroitement sur les vêtements d'Elaran, attirant son attention, ses yeux larmoyant de panique pure.

Mais le tireur n’en menait pas large, ses yeux affolés avaient suivi la courbe avant de se fermer au moment où le « BONG » retentissait, et de serrer les dents, comme voulant broncher à un coup reçu qui n’était pas le sien. Mais il sentait bien qu’on tirait sur sa simple chemise verte aussi les rouvrit-il et rendit son regard à l’humaine, un regard tout aussi paniqué. Il sut qu’il devait faire quelque chose, réagir, car rester au sol, gêné et honteux au possible n’arrangerait rien, et si le regard des uns change le comportement des autres, celui de Shasha poussa le hobbit à faire le premier pas.

Il surmonta ses émotions, ignorant la boule au ventre qui se créait en son sein, et la foule de gens spectateurs, inspira un grand coup et effaça ses émotions au possible. Automatique, il se leva lentement. Maintenant debout, il se tourna vers le crieur pour— un nouveau flot de honte l’assaillit, le submergea, et il s’empourpra à son tour. Son élan de courage ne dura pas, et d’une petite voix il lâcha un faible « pardon » avant de trottiner, courbé et essayant de faire durer son action le moins longtemps possible, pour récupérer le trophée traînant au sol près du pupitre. Le minotaure secoua doucement la tête, désapprobateur, mais ne put que sourire face à la détresse du bonhomme et l'invita de la main à prononcer son discours. Le petit personnage se redressa se redressa, jeta un regard à la ronde, et devant l’ensemble des spectateurs fit :


« — Euh… Oups… S’cuzez nous… »

Un regard vers Shasha, mélange de peur et d’effarement. Heureusement, Shautmand, guéri par la magie du lieu qui se relevait et Sakavaal Sévhair ne semblèrent pas lui tenir rigueur plus que ça, et semblèrent attendre maintenant quelque chose. Traquenard ! Le voilà très bien placé pour discourir, en dessous du trépied (ou du moins sur ses côtés pour être bien visible) ! Son visage flancha un instant devant l’honneur qu’il a, et ses yeux parcoururent l’assemblée à la recherche d’un visage familier, jaugeant la foule, et d’une voix chevrotante, serrant fort le trophée, il reprit la parole :


« — Euh bah… merci d’avoir voté pour moi… C’est un honneur, euh, je crois ? Pas certain. Si ? Enfin, euh, me voilà, donc, bah… »

Le semi-homme nageait dans ses paroles, ses mots, mais une nouvelle inspiration, calmant son cœur, et il enchaîna, plus serein, habituel.


« — J’remercie aussi ceux qui ont organisé tout ça, donc vous deux, il se tourna vers les deux sujets et reprit, et encore désolé pour le… lancer… » Une grimace, et il revint vers le public, tout en observant avec attention le trophée, le tournant et triturant, parlant bas, mais toujours audible. « J’espère qu’il a rien… Enfin bref !, fit-il soudain en levant son visage. J’remercie aussi la garde, c’est un peu à cause d’eux que j’en suis là, où que vous soyez d’ailleurs. Même si ça fait mal et que c’est pas ouf, j’vous en tiens pas rigueur… Enfin un peu quand même. »

Le stress des gagnants était compréhensible, mais tout de même, il leur fallait faire preuve d'un peu de retenue. Modestement, le mino inclina sa tête aux remerciements du bûcheron, faisant miroiter les sphères dorées qui ponctuaient ses cornes.

Malgré la réprobation ambiante, l’aisance du hobbit venait au fur et à mesure, et ses paroles s’enchaînaient, sa langue se déliait et ses muscles avec. Moins raide qu’auparavant, il balançait ses bras de manière plus souple. Le visage restait à peu près neutre, parfois semblant un peu indécis, parfois un peu gêné, d’autres fois souriant, ou encore au contraire un froncement de sourcil apparaissait, mais jamais dans les extrêmes. Et c’est ainsi qu’il reprit :


« — Je sais que ce que j’ai fait, m’assommer là, n’est pas forcément… bah pas de quoi être fier quoi ! Et pourtant, être là, par cette malchance— et c’est que de la malchance hein ! Pas de la maladresse ! » s’interrompit-il, le doigt levé et les sourcils froncés, voulant défendre encore son honneur, avant de revenir sur le point précédent, baissant son bras et revenant à une attitude plus posée, donc cette malchance, « bah je suis un peu fier d’avoir été l’un des plus malchanceux. Après tout, c’est amusant d’échouer ! Quand elle n’est pas répétée, appuyée, martelée, tout le temps, l’échec est bon ! Donc je suis quand même content d’être ici, » se répéta-t-il, « j’tenais à le dire, même si la malchance me poursuit, comme… euh bah vous avez pu le constater. »

Un instant de silence, le semi-homme cherchant dans le vide une suite à dire, mais il n’eut pas grand-chose à rajouter, ses idées se sont vites taries, et le voilà maintenant à court d’éléments à rajouter. Ce constat fait, il prit la parole encore une fois, les bras tendus vers son côté, vers Shasha :


« — Mais maintenant, je vais laisser à Sasha s’exprimer elle aussi, la deuxième gagnante, et qui mérite sûrement plus que moi d’être là. »

Enfin, il s’éloigna de quelques pas du trépied, un grand sourire sur son visage soulagé en regardant l’humaine. Lui s’était bien débrouillé, il se demandait bien si elle allait faire de même ! Chacun son tour d’être en galère ! pensait-il. Dès que Shasha fut à sa portée, il en profita pour lui refiler le trophée, qui commençait à peser dans les bras d’Elaran.

Se retrouvant seule, un trophée dans les bras, Shasha songea un instant à courir après l'effronté qui avait eu l'audace de la laisser là, esseulée et apeurée. L'idée de le couronner fortement du trophée, en frappant assez fort pour l'assommer, avait quelque chose de tentant, mais Shasha n'était pas faite pour l'action, et encore moins pour ce genre de violence. Ce temps était révolu, aussi rangea-t-elle l'idée au fond de sa tête et l'y oublia aussi vite qu'elle lui avait donné vie.

Elle se reprit, et avança d'un pas, défiant l'assemblée d'émettre le moindre son. Puisqu'ils étaient tous là, autant s'entraîner... Inspirant un grand coup, elle replongea dans la bavarde inépuisable, la conteuse affolée, qu'elle avait été dans les premiers temps, soumise à l'ivresse gênante de ce corps neuf et différent.


« — Heum... Toutes mes excuses pour ce dérapage inopiné, mais comme l'a dit Elaran, la malchance semble nous coller à la peau. Je vous remercie donc d'avoir voté pour moi, en espérant que vous ayez reconnu à leur juste valeur les efforts de Melitta et de Hibou des neiges pour me garder en vie et ne pas m'enterrer trop vite. S'il y a bien une morale à cette histoire, c'est qu'il ne faut pas pratiquer de la magie en solitaire, et encore moins sur soi-même. »

Mais sa voix se remit à bégayer alors qu'elle cherchait à conclure, soulignant l'écarlate de son visage qui n'avait pas décoloré.


« — J-j'espère qu'on se-se reverra un jour, et...et pas parce que j'aurais failli... me tuer. »

Sur cet espoir fou qui lui semblait déjà impossible, elle quitta la scène sans regarder autour d'elle, fixant un point fixe qui se déplaçait en même temps qu'elle, à savoir, droit en face, hauteur d'yeux pour elle. Elle le fit tant et si bien qu'elle manqua de chuter encore dans les escaliers, mais étant déjà hors de scène, cela n'importait plus. Il était temps de passer la lumière.

Elaran suivit aussi, lui qui était resté le plus en retrait possible, mais était toujours sur la scène (après tout, comment savoir quand on est congédié ? Ne devait-il pas partir avec Shasha, comme il était venu ?) Sa place au chaud dans le public l’appelait à bras ouverts.

L'assurance d'Elaran était revenue au fil de son laïus, que Sakavaal avait écouté en guettant tout autre danger potentiellement imminent. Heureusement que ce n'était pas sur lui qu'avait atterri le trophée, avec tous les efforts qu'il avait mis dans sa toilette ! Ce semi-homme était tout de même amusant, il fallait le lui accorder. La discrète Shasha qui aait ensuite pris la parole fut, quant à elle, plus éloquente et apparemment plus sage depuis sa mésaventure. Un léger sourire flotta sur les traits de l'hybride, qui se trouva tout de même fort soulagé de voir ces deux compères quitter tant bien que mal la scène, finalement sans plus de dommages.

Il avait fallu un certain moment à Shautmand pour comprendre ce qui lui était arrivée, et pendant un instant, sonné, il avait même perdu le fil de la cérémonie, la magie ne faisant probablement pas effet sur une être assommé. Mais, il y avait finalement eu plus de peur que de mal, la magie du lieu n'ayant même pas laissé une trace de la mésaventure sur son corps, seule la gêne restait. Même une fois les deux dangers ambulants repartit, il lui fallu quelques instants pour reprendre son aplomb. Heureusement pour lui, les deux dernières catégorie devraient être plus calme. Après, lorsqu'il s'agissait de vahalien, il était plutôt bien placé pour savoir que le mot calme était rarement adapté.


« — Bien bien bien... M'dames et m'sieurs, s'vous voulez attraper vot'trophée, z'êtes pas obligés d'vous précipité, ça évitera les accidents, et je garderai toutes mes dents ! Et même si j'ai bien cru mourir, je crois qu'on peu les applaudir ! C'pas tous les jours qu'on vois des gars avec autant d'humour. »

Peu à peu le rythme et la poésie revinrent et en un instant, la dynamique de la cérémonie fut presque à son plus haut point, les applaudissements ayant repris de plus belle la frayeur passée. Il s'agissait maintenant d'enchaîner.


« — Cessez d'rire, car ça rigole plus maintenant, c'est plus l'pire, mais le meilleur des gagnants ! »

Le vieil adolescent des montagne tira l'une des deux dernières enveloppes.


« — Ses actions plurent, M'sieurs dames, la figure ! »

Il tira le carton de l'enveloppe et fit un effort de prononciation pour cette catégorie prestigieuse.


« — Mesdames, messieurs, je vous prie d'applaudir, la figure de Vahal 2019 qui n'est nulle autre que... »

Le silence qui suivit vint concurrencer en temps celui du parasite. Il fallait dire que le suspens était à son comble pour cette catégorie où les votes avaient été très serrés jusqu'à la fin.


« — Günter Von Krisprolls ! Feu notre garde préféré ! » (Si une telle remarque eut put être ironique pour de nombreuses personnes, Shautmand ne semblait pas en faire partie)



Alors une clameur assourdissante et joyeuse s'éleva de la foule.

Gunter dormait à moitié, se réveillant parfois au son des cris de l'hurluberlu aux cheveux de feu sur scène. L’homme des montagnes n’avait jamais été le plus attentif, ou même attentif tout court. Et les trois bières qu’il venait de s’envoyer n’aidaient certainement pas. En résultait que le guerrier hypertrophié était à deux doigts de ronfler.

Mais il fallait croire que la chance était du côté de ses voisins (de prime abord condamnés à subir les nuisances sonores du bougre), car, il sursauta vivement. Était-ce bien son nom qui avait été prononcé ?

Il fixa le gamin roux de son regard vif (relativement aux standards bovins concernant la vivacité) et se redressa. Un certain nombre de paires d’yeux étaient tournées vers lui, et comme personne ne se levait, il en déduisait que… c’était à lui de le faire.

Avec difficulté, Gunter se mit debout, accompagné par le cliquetis infernal de son armure.

Comment arriva-t-il jusqu’à la scène ? Pour le bien des lois de la physique, nul détail ne sera communiqué. Quoi qu’il en fût, Gunter se tenait bien là, pas forcément droit, pas forcément stable, mais rutilant et souriant, le principal.

Sakavaal était partagé concernant l'homme des montagnes. Si la brutasse n'était pas dénuée d'une sorte de charme primaire, l'ex-Capitaine avait déshonoré sa fonction et était surtout bien trop rustre à ses yeux. Et quel manque de goût vestimentaire ! L'hybride en avait presque les yeux qui piquaient. Masquant sa désapprobation sous sa conscience professionnelle, il afficha son sourire de circonstance en voyant venir Gunter tout de métal vêtu. Ce qu'il devait cuire, engoncé là-dedans ! Et quelle mouche le piquait, lui aussi ? Était-il éméché ? Indigné, le minotaure contrôla à temps le sifflement désapprobateur qui sortait de son naseau. Décidément, avait-on élu ce soir tout un panel de malappris incapables de faire bonne figure en société ? C'était inadmissible, à croire qu'il fallait être un malappris pour plaire aux électeurs.

Un peu froid, il tendit néanmoins le trophée au bonhomme de métal à la réputation fumeuse mais qui, paradoxalement (ou non), représentait d'autant plus la ville de Vahal, frémissante de drames et d'outrages ces derniers temps.



« — Veuillez, étincelant chevalier, recevoir cette récompense en vertu de vos faits d'armes et de votre position prédominante sur la scène vahalienne. Nul ici ne vous oubliera jamais et votre nom fera longtemps trembler vos ennemis en ces murs, et les murs eux-mêmes. Vous brillerez sans conteste au firmament des glorieux Vahaliens connus de tous, inoubliable pour l'éternité. »

Le mino estima ne s'en être pas trop mal tiré malgré les manières inacceptables de l'individu et s'empressa de retrouver sa place au fond de la scène. Allait-il, lui aussi, faire un scandale ? Le langage atroce de l'ivrogne armuré faillit lui donner une attaque. Pauvres d'eux. Pauvre cérémonie, censément majestueuse ! Que leur arrivait-il donc ?

L'homme toussa. L’assemblée attendait sûrement une prise de parole, sur ce point, le regard enjoué du rouquin ne laissait que peu de doutes. De sa voix brute et grave, il parvint à aligner quelques mots.


« – Eh bah ! J’dois dire qu’j’suis pas à moitié que j’suis qu’étonné quoi. Nan mais sérieux, j’ai passé l’année à cavaler partout dans c’te foutu ville, à planter des jolis euh… ouais, des arbres quoi, et puis à taper des voleurs, des trucs pas très grands, fin des hobbits aussi hein ! C’tait vachement chouette quoi, plein de p’tite carapatades quoi. Et pis m’fallait bien un trophée hein ! Faut bien qu’ce soit qu’z’êtes pas fichus faire un tournois quand j’suis qu’j’étais pas mort, vivant quoi, hein !

Euh, et donc, ‘waaah’, il pète le trophée quoi ! Merci mon gros. »

L'affront ne manqua pas de faire réagir l'élégante créature cornue. Le gigantesque taurin manqua s'étrangler et parvint à remplacer cela par un couinement peu viril, serra les dents et se redressa de toute sa hauteur pour tenter de garder une contenance. Quel ignoble malotru ! Quelle ignominie ! Tout en bouillonnant intérieurement, le minotaure croisa les bras derrière lui et s'enfonça les ongles dans les paumes, vexé comme un pou mais demeurant maître de lui-même. Quel cuistre ! Il allait falloir le supplier pour qu'il acceptât de se prêter à cette comédie l'année prochaine, les organisateurs entendraient parler de lui !

Mais le gagnant de la prestigieuse catégorie n'en avait pas fini.


« – Euh donc ouais, pour remercier, euh, à toute l’équipe tech… qu’est-ce… hein ? Nan pas l’équipe, ouais la Garde, quoi, c’était bien marrant c’t’histoire, et puis merci à Eara, à Charlie quoi, Logan et parapatille hein. Et à la bière ! C’t’important, pour la santé, hein, santé quoi ! »

Gunter resta là quelques secondes (un peu gênantes), à fixer les gens, puis redescendit tant bien que mal, manquant de chuter, rejoindre son siège, se demandant s’il pourrait boire dans son trophée. Drapé dans sa dignité, le mino frémissant avait tenu son mal en patience jusqu'à ce qu'enfin s'évacue le malandrin en évitant une nouvelle chute.

Shautmand s'empressa de faire applaudir une nouvelle fois la salle, après tout, il s'agissait bientôt de conclure.


« — Faut l'applaudir, ça c'est d'la modestie ! Il en mériterait presque l'amnistie ! »

Joyeux, et ne se rendant pas compte qu'une bonne partie de la salle n'était pas forcément de son avis, le jeune et naïf homme des montagne s'empressa d'applaudir pour lancer le mouvement. Distrait par sa révolte, le cornu réalisa qu'il fallait applaudir avec un léger temps de retard et s'exécuta précipitamment. Vraiment, cette cérémonie n'était plus ce qu'elle était !

Les clapements d'extrémités durèrent un certain tout de même, montrant que nombre de vahaliens avaient tout de même voté pour lui. Le maître de cérémonie leva alors haut la main pour faire taire l'assemblée qui était réunie depuis un certain temps déjà, et dans un mouvement d'une lenteur à friser celle d'un escargot volant, elle vint se poser sur le pupitre et attraper le dernier objet qui était posé. Shautmand, pencha le visage et le releva, une expression triste exagérée imprimée dessus.


« — C'est triste, c'la dernière enveloppe ! Mais tout'chose a une fin, et la dernière award, c'est pas d'la crotte ! »

Les rimes lui faisaient décidément dire n'importe quoi, il faudrait qu'il travaille un peu plus son vocabulaire et son flot pour qu'à l'avenir il ne ruine pas un aussi beau moment avec des phrases dignes d'un charretier.

Enfin, le terme de ce désastre approchait. Échaudé et commençant à se sentir le poil luisant sous cette chaleur lumineuse et ses émotions, Sakavaal soufflait par les naseaux en s'efforçant de rester silencieux malgré la dernière provocation du maître de cérémonie. C'est un brin gêné d'avoir ruiné le moment que ce dernier reprend.


« — Comme chaque année, la dernière récompensée est destinée à un être libéré. C'est "la plume", c't'un hommage, mais pas au mage, feu Pluhm. Un hommage à tous les écrivain qui peut-être en vinrent au vin mais n'écrivent pas en vain ! »

Cette glorieuse mais si énigmatique récompense était attribuée à une personne de goût, bien élevée comme l'avait confirmé son précédent séjour sur scène, le mino en était persuadé. L'enveloppe fut ouverte en un mouvement aussi lent que celui qui avait permis de l'attraper, le carton tiré avec encore plus de délicatesse.


« — Et cette année fait briller nos yeux... »



« — Et cette année, de son écriture, ferait pleurer un gueux... »



« — Ahlem ! »

En un cri mélancolique, presque larmoyant, le nom était sorti, laissant place aux applaudissement furieusement d'enthousiastes de la salle.

Un flottement, dans l’air. Un flottement de même, dans la chevelure du Hibou des neiges. Celui-là pivota un peu la tête, fit jouer un peu l’épaule. De sa capuche en vrac, entre deux cheveux d’argents deux mains minuscules vinrent attraper l’habit. Et sorti une tête brune. Sous les sourcils broussailleux de cette figure-là, les yeux noirs d’Ahlem se fixèrent incrédules sur la scène, puis sur son porteur en une question muette. L’oiseau lui sourit de toutes ses dents. Alors la tête disparut aussitôt, avalée par la capuche et la timidité. Le cœur avait donc bien bondi de raison ! Et les yeux de la plume de l’année étaient écarquillés sur ce formidable et joyeux désarroi qui la figeaient dans le noir. Fortuite cachette ! Un mouvement roulé la renversa cul par-dessus tête. Hibou s’était levé ! Et lui murmurait dans le crâne. Quoi, comment ça, un discours !? Dans la capuche, la lilliputienne d’une quinzaine de centimètres bondit, attrapa le col et tenta de se hisser là. L’acrobatie était malaisée : elle n’était pas particulièrement adroite en cet instant où elle sentait venir le trac ; et malgré la délicatesse du nocturne, les longues enjambées cahotaient assez l’oiselle. Elle finit par se laisser pendre au col, masquée sous le plumage du volatile. Su-Li, Su-Li, Su-Li… C’est à toi, les discours ! Mais elle l’avait littéralement déplumé pour avoir cette plume, pouvait-elle lui en demander encore… ? Su-Li avait tranquillement atteint le bas de la scène, impassible à la panique que sa créatrice - dépassée par son aplomb - lui murmurait dans la tête. Montant les marches, La main de l’homme vint nonchalamment trouver son cou, où il tapota la tête d’Ahlem sous les cheveux. Evidemment, qu’il s’en chargeait, du discours. La lilliputienne souffla gros son soulagement, puis d’une poussée du pied vint s’accrocher au doigt de l’élégant, pour se hisser dans la nuque. Le paisible Su-Li s’avança sur scène pour la seconde fois, indifférent à la lumière braquée sur lui et aux yeux accrochés à ses pas. N’étant là qu’en soutien (c’était le cas de le dire), il n’avait pas d’autre crainte que voir Ahlem lui échapper, à courir dans les coulisses. Alors qu’il s’arrêtait près de Shautmand et du minotaure, le rideau des cheveux d’argents s’écarta lentement pour dévoiler la petite silhouette. Droite sur l’épaule, les joues de la lilliputienne avaient déjà violemment rougies ; et elle tentait de compenser la faiblesse de son sang par la fière force de son maintien. Cheveux courts explosifs, peau tannée par le soleil, pieds nus, sarouel, elle avait tout d’une sauvageonne. Ou d’une ardéchoise, diront les mieux informés. Une virile pierre sur le poitrail hurlait une masculinité déniée par le corps, et quelques perles dans les tifs noirs espéraient détourner les regards de son visage. Dans ses lobes d’oreilles, des bouts de bois. Oui… des branches…

Soulagé de revoir le charmant volatile qui faisait chavirer les cœurs, le minotaure vit avec stupeur émerger de ses vêtements une petite créature qui s'esquiva aussitôt. L'interaction de la maîtresse miniature avec son bel oiseau fit sourire l'hybride qui accueillit le porteur élancé et son minuscule fardeau avec une nouvelle courbette.

Heureuse de rencontrer de visu leur crieur public, elle sourit sans attendre au dégingandé rouquin. Puis pivotant la frimousse vers le gigantesque minotaure, le sourire s’élargit sur des fossettes impressionnées. Merde, pourquoi fallait-il que ce soit un minotaure !? Elle n’avait vraiment pas besoin d’être intimidée davantage ! Qu’elle était fantastique, cette créature… ! Et le cornu se baissant soudain vers elle – pour mieux la voir, tant elle était fluette – manqua l’embrocher dans la seconde ! Hop, pas de bourrée, la danseuse évita la corne, glissa sur l’habit, se raccrocha à la corne, abandonna l’habit ! La voilà soulevée, puis à se hisser sur l’ivoire ! Elle avait changé de perchoir. Le Hibou franchement amusé regardait l’oiselle s’équilibrer sur Sakavaal. Si elle faisait tant le clown en public, elle pourrait bien s’oser à bégayer un peu aussi. Entendant la pensée, Ahlem tourna soudain vers lui une face outrée. Il n’oserait pas… ! Elle se stabilisa sur la corne, trop émerveillée par un tel piédestal et l’opportunité unique d’y poser la main, pour revenir à l’oiseau tout de suite.


‘ — Ahum… bonjour’

Petit raclement de gorge pour éviter de croasser, pas de bégaiement, mais … hem sa voix ne sortit guère ! Heureusement, l’oreille du minotaure n’était pas loin. Il devait l’avoir entendue. Ahlem ouvrit la bouche de nouveau. Mais ne sachant que dire ni comment s’excuser d’avoir atterrie là, finalement la referma. Ses joues étaient en feu ! Elle était cependant décidée à n’y pas penser, et au moins ne pourrait-elle pas rougir plus. Elle sourit de plus belle malgré la crispation timide, emportée par la joie d’être là.

La petite sauvageonne à l'allure champêtre faisait étrangement écho à la plus grande qu'avait traîné Hibou plus tôt. L'élégant bovin, face à son sourire, se courba souplement. Mais la donzelle, sans doute impressionnée par son charisme, parut vouloir éviter la boule dorée qui la protégeait justement de la pointe de sa corne. Sakavaal cligna des yeux et tendit naturellement la main pour la rattraper, s'apercevant soudain avec effroi qu'elle se balançait à sa corne ornée ! Interdit, il n'osa plus bouger de peur de la faire choir. Mais... Incapable de décider si c'était là une humiliation ou une drôlerie, il émit un petit rire gêné en demeurant courbé et figé comme une statue, attendant de voir ce que ferait la petite humaine en lançant à Hibou un sourire crispé. Mais manifestement, son ornement frontal lustré devait être confortable : comme elle n'en bougeait pas, il fit de même, se sentant ridicule dans cette posture penchée et fort précaire, son fessier outrageusement musclé pointant en direction de Shautmand. Quel affront n'aurait-il pas subi en ce jour ? Se lamenta-t-il intérieurement à grand renfort de gestes théâtraux purement imaginaires. Et il ne lui avait même pas encore remis son trophée, ce n'était pas le bon ordre des choses... De toute manière, ce serait à Hibou de se charger du transport, au vu des dimensions. Soudain, il se rendit compte que quelque chose avait changé : il se sentait glisser. Pas pour de vrai, bien sûr, mais c'était comme si... comme si sa cervelle se modifiait toute seule ! Comme si ses gestes étaient dictés par une partie de lui jusqu'ici étrangère !



Guidé par des mains inconnues, éberlué par ce qui lui arrivait, il leva le trophée bien haut pour elle tout en ne se sentant plus lui-même, il tourna naturellement la tête vers l’oiselle. Aïe… Ceux qui ont suivi auront compris qu’elle était perchée sur la corne ! Le mouvement emporta le minotaure plus loin, à tourner sur lui-même. Se raccrochant de justesse à l’embardée, Ahlem éclata d’un rire bien grand, considérant la taille de ses poumons. Un cri mi-amusé mi-paniqué suivit, lorsque la sauvageonne glissa sur la corne trop lisse. Ce fut la main prévenante de Su-Li qui la rattrapa, et arrêta le minotaure de l’autre bras, dans sa confuse danse.

Une sensation curieuse parcourait le pelage du, et pourtant... Soudain, un éclat, un faux pas, une détente hibouesque et le voilà rendu à lui-même. Enfin, pas tout à fait, mais ces chaussures semblaient mieux lui seoir. Un peu paniqué, il se rattrapa comme il le put, rassembla sa dignité et épousseta sa cape en coulant un regard médusé à la créature. Il ne comprenait absolument rien à ce qui venait de se produire, mais cette récompense déclenchait toujours des événements bizarres. Si c'était à cela que ressemblait une possession, il passerait son tour à l'avenir !


« — Elle fait souvent cet effet-là, oui… »

Le taquin Hibou avait un discret sourire à ces mots, tandis que la hippie de retour sur son épaule en ouvrait grand les yeux, puis le fusillait du regard. Elle en devint plus gênée encore, plus honteuse. Il était heureux que la farouche ait déjà atteint sa rougeur maximale ! Son poing dans la poche vint serrer un bris de bois, vestige de la croix de marionnette dont Hibou avait coupé les fils pour prendre son envol, il y a bien longtemps. Elle n’avait plus grand contrôle sur lui. Il en profitait sans relâche.

Sakavaal remercia Hibou d'un hochement de tête et se souvint qu'il avait un rôle à jouer. Alors, surveillant précautionneusement la sorcière sur l'épaule du rapace, il prononça son éloge rituel avec solennité en tendant un peu vite le trophée à Hibou, comme s'il lui brûlait les mains :


« — Hem. Donc... Hem. Voilà. Très chère Ahlem, merci de nous honorer de votre discrète, hem, mais non moins auguste présence. Recevez pour la magnificence de votre plume ce trophée et toute mon admiration : jamais je ne me lasse de lire votre prose exceptionnelle, de parcourir vos paysages et de me baigner dans leur sillage. Gloire à vous, à votre exceptionnel talent et à votre, hem, fort vaillant porteur ! »

Finalement, bien content de s'éloigner de cette démone miniature mal peignée, le minotaure maniéré et totalement chamboulé recula sentencieusement et écouta avec méfiance les propos traduits par le volatile. Comment une bête de compétition comme lui, maintes fois récompensé dans les concours taurins, pouvait-il craindre une lilliputienne mal atiffée ? C'était pour lui un mystère, mais elle semblait en savoir beaucoup trop et en pouvoir encore plus, à la voir agir.

Le volatile reçu finalement le trophée trop grand pour elle, et cette dernière se ressaisit, décidée à se saisir un peu de sa responsabilité, et surtout à ne pas se laisser honteusement enfoncée. Restons digne.


‘ — Merci.’

Sa voix était plus affirmée et passa cette-fois la frontière scène/salle. Salle vers laquelle se tourna l’oiseau. Un discours donc, hein… Quelques pas du bel homme l’en rapprochèrent, et alors elle leva la main vers les cheveux de Su-Li, l’autre sur l’oreille, et entreprit la brève escalade. La main du porteur vint lui offrir une marche, et elle se trouva ainsi debout sur la tête du piaf. Elle emmêla ses pieds nus dans les tifs pour assurer son accroche, puis fit enfin dignement face à la salle. Respiration.

Hibou… Mais quelle épreuve ! Elle qui n’arrivait pas même à passer sur discord, la voilà à affronter la pleine lumière ainsi ! Elle en était si heureuse et paniquée à la fois ; le plus et le moins, en un formidable court-circuit. Le sourire dépassé ne la quittait pas, et il lui fallait prendre garde à respirer, et oublier ce tambour qui battait à ses oreilles. Mais allons… Vide. Respire. Elle savait comment faire, après-tout. Théâtre. La danseuse fit une petite courbette pour les spectateurs et sous ses pieds, l’éloquent Su-Li prit la parole.


« — Elle ne vous dira pas de grands mots… ni s’étendra sur l’émotion que vous lui offrez ce soir. Cependant, c’est pour elle l’honneur le plus grand. »

La droite sauvageonne opina doucement du chef. Ses commissures tremblaient un peu sur ces quelques mots si bien en phase.


« — Vous, Vahal, êtes indispensables à sa vie. Vous l’inspirez, lui apprenez, la menez dans ses limites. Vous lui permettez de s’exprimer. Vous la faites rêver – un peu trop, même. Elle se sera plus épanouie en trois ans avec vous qu’en trois ans d’études... »

Un franc sourire d’Ahlem en ponctua l’aveu.


« — … et elle meure d’envie en cet instant de vous chanter un poème. »

NON !! Les yeux de la lilliputienne s’écarquillèrent ! Elle baissa la tête sur cette homme-là, qui se croyait malin. Ainsi donc était ta vengeance, Hibou !? C’était bien peu digne de toi ! Prise au dépourvu (et nullement l’envie de chanter !), elle se figea, terriblement gêné. Ses sourcils se froncèrent alors furieusement, et révoltée de ce coup-bas, et la tête haute à affronter la pique et sa honte, elle se pencha sur la chevelure d’argent. D’un geste décidé, le plat de sa main vint rencontrer le crâne du piaf, où elle s’arrêta sur une force qui allait au-delà du manant. Le visage qu’elle leva alors vers les vahaliens… était majestueusement déterminé. Et par son sourire terriblement agrandi, deux canines d’une sauvagerie certaine. Ses cheveux en pétard remuèrent sous la brise provoquée par le défi. Dans la salle et sur scène, alors…

La pluie. (https://www.youtube.com/watch?v=-rMW7uMyb50 )

La pluie, qui tombait soudainement du plafond et s’évaporait avant de toucher les gens. Seul le son de l’eau éclatée continuait jusqu’au sol. Une fraîcheur légère les frôlait soudain, une humidité vaporeuse dansant au-dessus d’eux.

Sorcellerie ! S'affolant , le mino sursauta lorsque la pluie se mit à tomber. D'un pas chassé, il s'esquiva en coulisses, constata qu'il y pleuvait aussi et lâcha un geignement en songeant à sa toilette si impeccable qui se verrait ruinée. Par chance, il y avait sur scène la table des récompenses, dont il se saisit prestement pour l'utiliser comme parapluie, proposant l'abri à Shautmand -- qui n'en fit rien car son attention était subjuguée par le couple sur scène. Ouf, son lustrage était sauf.

L’oiseau des neiges se plia alors à la volonté qui fléchissait sa langue. Et il était évident, au regard vide du bonhomme, à l’éclat dans celui de l’oiselle, que les mots qu’il prononçait étaient ceux d’Ahlem.


‘J’ai vu vos âmes
Sous votre plume,
J’ai lu vos vagues
Et vos enclumes.
J’en suis de même
Ouverte et fière,
De vous écrire
Que je vous aime.’

Ahlem se redressa lentement, impérieuse. Main écartées, tendues, qui montaient peu à peu au ciel. La pluie se calma. Ralenti. Hésita. Quelques clapotis. Un, deux. Une dizaine. Puis… des bulles ! A droite, à gauche. Ça éclatait ! Sous les fauteuils. Tout autour d’eux, maintenant ! Ce son étrange devint rythme. Le rythme devint mélodie, la mélodie devint une entêtante musique. Un resplendissant sourire sur la face, la sauvageonne se faisait chef d’orchestre de ce moyen d’expression-là. Un tournis du poignet, le sol miroitait. Un geste levé, ça en bouillonnait. Voici pour vous ! Dansez, aimez ! Voici ce qu’elle ressentait en cet instant, écoutez son cœur et son âme, noyez-vous avec elle un instant ! Les gestes de la petite danseuse fixèrent le tempo, se balançant en rythme, et alors son regard passa sur les vahaliens aux prises avec les sphères. Un brouhaha s’élevait dans la salle. Ça se levait, ça apprivoisait ces étrangetés aquatiques de milles couleurs. Ça se trémoussait déjà, ça se renvoyait les bulles. L’une venait d’éclater, déversant sa fraicheur sur une certaine rouquine à dreads. Une autre rebondissait à répétition sur le crâne d’un fameux hobbit, une troisième s’était glissée dans l’oreille d’une maladroite androgyne. Toutes aussi petites bulles, celle qui s’amusaient sur une paire de joues, et passant sur le nez aurait fait loucher la frimousse si elle n’avait été borgne. D’autres se glissaient par les vêtements, remuantes ! Étiez-vous timides aussi, les bulles vous aidaient ! Par exemple… se glissant dans la tenue d’une certaine semi-elfe à l’arc. Deux eïls dragoniques, couleur bronze, couleur ébène, avaient depuis quelques secondes été soulevés dans les airs en un rebondit splendide. Et une vaguelette passant dans l’allée y surprit une autre ébène et joyeuse figure, emportant à demi l’extravertie.

Profitant de la liesse générale, fortement satisfaite du bordel qu’elle mettait, la lilliputienne glissa à bas de son perchoir, de retour sur l’épaule. Il fallait fuir, à présent ! Elle glissa un regard complice au Hibou, lui signifiant sa compréhension. Il l’avait provoqué à dessein, avec cette histoire de chant, pour faire éclater sa réserve. Sacré Oiseau. Elle pivota vers les deux organisateurs présents sur scène, dont le plancher humide devenait peu à peu un miroir sur la pluie du plafond. Les bulles commençaient à leur arriver aussi… Elle leur adressa un signe d’au-revoir. Sourire éclatant, un peu désolée quand-même du futur nettoyage à venir. Comment ça, elle abusait ? On lui avait conféré ce pouvoir-là, de l’écriture, c’était bien pour qu’elle en use…. N’est-ce pas ? Ou pas ? Alors que l’assurance se carapatait, qu’elle se demandait si finalement elle avait bien fait, un clapotement retint son attention, sous les pieds de l’oiseau. La demoiselle y pencha la tête. Ca bullait bel et bien ! Un petit geyser vint lui mouiller la figure, et elle joignit son éclat aux autres. Su-Li était doucement revenu de l’emprise qu’il avait accordé à sa créatrice. Il considérait la magie opérant d’un œil émerveillé, et attira l’attention de la mal assurée sauvageonne d’un mouvement d’épaule. Car devant lui, l’eau ralentissait son flux. Alors se reprenant bien vite, Ahlem lança la main vers la salle. C’était reparti pour une nouvelle salve ! Discret, invisible, Su-Li quitta ainsi la scène. Il n’avait pas descendu la cascade des marches, que la sauvageonne avait déjà disparu dans la capuche.

Finalement capable de se concentrer sur le discours de la mini-bougresse, Sakavaal avait ressenti un drôle de pincement tout à coup. Pourquoi ? Il n'aurait su le dire. Mais une partie de lui, cette partie inconsciente qui lui dictait sa vie, qui brodait son essence, ressentit un émoi qu'il ne pouvait saisir. Il... l'aimait aussi ? Mais... Le minotaure tenant la table à bout de bras au-dessus de lui fronça les sourcils. Comment cela ? Mais non ! Ses fibres lui criaient que si, ces rebelles. L'eau ne ruisselait plus vraiment, mais la magie continuait d'opérer et l'hybride guindé lâcha alors la bride à son grand coeur pour exécuter un petit pas de danse, un menuet étrangement élégant et délicat pour une si imposante stature, déposant finalement la table dans son mouvement. Même la vue de la sauvageonne des bas quartiers à la coiffure ignoble qui avait fait scandale les années précédentes — et se vautrait à présent en riant très fort dans l'eau miraculeuse — ne sut amoindrir le curieux sentiment lénifiant qui s'emparait de lui.

Un sacré chaos s'était saisi de la foule, mais ce chaos chantait. S'abandonnant donc à la gaieté de l'instant, Sakavaal en oublia presque ses manières pour inviter Shautmand à valser avec lui, un Shautmand euphorique qui avait fini sa tâche et était déjà parti pour faire des acrobaties sur toute la scène. Le minotaure enjoué jeta un dernier coup d'œil à Hibou qui s'esquivait avec sa curieuse compagne et sourit. Après tout, ce n'était pas un si grand désastre, d'autant plus qu'il n'aurait pas à faire le ménage... Peut-être finalement reviendrait-il l'an prochain !

À la différence, des nombreuses éditions précédentes (y en avait-il réellement eu 2018 ?), cette édition, n'eut pas droit aux habituelles conclusions et remerciements, seuls restèrent la joie, la magie, la musique, la danse, et les cris. Nul doute que cette édition avait encore été un succès.


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Edité le 16-01-2020 à 01:12 par Icosaedre

Icosaedre
   Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 01:01

Maitre de jeu
Nombre de messages : 1736

 


Ce message ne sert à rien !

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Edité le 16-01-2020 à 01:33 par Icosaedre

Icosaedre
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 01:32

Maitre de jeu
Nombre de messages : 1736

 


Voilà voilà, et comme je ne pouvais pas finir sans faire un petit copier-coller....

Merci à tous d'avoir voté, proposé des nominations. Un énorme merci à Niniel et Wady pour leurs illustrations ! Un énorme merci à tous ceux qui m'ont envoyé un RP ! Un énorme merci à mes deux accesseuses : Niniel et Aaricia ! Merci à tous ceux qui ont voté !

En espérant que ce ne soit pas les dernière édition !

Bon, du coup, je vous donne les résultats HRP pour que vous ayez un peu plus de précisions.

Bonne nuit et bon jeu à vous !

Ico

PS: n'hésitez pas à laisser un petit RP de réactions !


Le parasite :
- Andraste DeLamark : 4
- Anthéa : 0
- Charlotte : 4
- Charlar Scène : 2
- Dagnir : 9
- Henfu : 4
- Azeril : 1
- Edgar O'gory : 0
- Reira : 2
- Blancs : 0


Ci-gît... :
- Chaos : 3
- Tryphouil l'Eïl : 10
- Waino’a : 6
- Salvia Primevere : 3
- Blancs : 4


À couteaux tirés :
- Bataille sur l'île blanche : 4
- Reira et Elaran : 1
- La grande évasion : 10
- Pagaille à l'As de Trèfle : 11
- Valkazaar vs Fynola : 0
- Blancs : 0


What is love ?
- Kazuzu et les Gâteaux : 1
- Günter et la Bière : 1
- Torg et Anthéa : 0
- Mihm et la Zaira : 3
- Azeril et Wady : 3
- Valkazaar, le bourreau des cœurs : 1
- Günter et Eara : 5
- Elwë et Kraal : 1
- Dagnir et les oreilles : 3
- Andraste DeLamarck et Hibou des Neiges : 7
- Blancs : 1


Le monument mythique :
- La vérité est ailleurs : 17
- La caserne de la garde : 5
- L'As de Trèfle : 3
- Blancs : 1


L'événement :
- Le coup d'état, ou des bisounours aux gremlins : 3
- La possession de Melitta : 2
- Des gadins à gogo : 0
- Le faiseur d'énigmes : 1
- La course aux énigmes : 5
- Orages et Fringuants Pirates : 6
- MA chocolatine ! 5
- Cache-Cache géant : 1
- Soirée du nouvel an au Temple de l'Aube : 2
- Blancs : 1


La plus belle arrivée :
- Torgar : 3
- Sloth : 8
- Mackenzie : 3
- Gentaro : 2
- Valkazaar : 4
- Gherse : 5
- Blancs : 1


Les chèques crient TIQUE :
- Shasha : 7
- Mist Kottur : 2
- Une entrée fracassante : 3
- La fuite onirique d'Elaran : 7
- Azeril : 1
- Nashi : 2
- It's just a prank, heretic bro ! 4
- Blancs : 0


La figure 2019 :
- Ethan, chevalier au lion : 0
- Chalar Scène : 0
- Anthéa : 1
- Elaran : 2
- Eara : 5
- Melitta : 4
- Reira : 0
- Günter : 6
- Andraste DeLamarck : 1
- Hibou des Neiges : 3
- Dagnir Al'Felagund : 3
- Valkazaar : 1
- Mist Kottur : 0
- Blancs : 0


La plume 2019 :
- Cassandre, joueuse de Cassandre : 0
- Drude : 3
- Nuth, le joueur derrière Andraste DeLamarck : 4
- Kalisto, joueuse de Sachi : 1
- Grenouille : 1
- Rugnulruy, joueur de Morsnard Veryafir : 2
- Lau : 1
- Ahlem : 8
- Yulna, joueuse de Charlie : 1
- Aaricia, joueuse de Farya Arakhora : 4
- Blancs : 1



Votants : 26

Tarl
   Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 13:59

Habitué
Nombre de messages : 48

 


Bonjour !

Premier Edenya Award auquel j'assiste... Quelle joie d'avoir été élu ! Merci à vous, votants, accesseuses, Icosaedre pour avoir organisé tout ça, merci à Eara pour ces magnifiques trophées (le mien est trop bieeeeeeen), merci à Wady pour ces tableaux si drôles, et enfin merci aux élus pour ces beaux rps !

Déjà hâte de voir la prochaine édition (si prochain il y a), et au plaisir de vous revoir en jeu !

A plus !

Tarl A.K.A. Sloth

P.S. : J'ai fait fondre un mino, maintenant il me faut une laisse pour l'adopter...
P.S. encore : J'ai reçu une bubulle d'Alhem héhé

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Edité le 16-01-2020 à 19:08 par Tarl

Lerugamine
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 14:15

Nouveau
Nombre de messages : 3


Hello

Alors c'est pas pour ne pas être d'accord avec Tarl, mais je préfère celui de ma Shasha, qui est grandiose. Cependant il faudrait discuter des modalités de la garde partagée avec Elaran...

En tous cas, un grand merci à Ico pour avoir organisé les EA avec succès une fois de plus, merci pour toute ta patience et tout ton travail, merci à nos géniales créateurs de tableaux et trophées dont l'aérodynamique est si particulièrement appréciable, et merci à tous les autres pour avoir rendu la ville aussi vivante et mortelle à la fois !

Bon jeu à toutes et à tous, et puissent les dés vous être favorables

Elian
   Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 16-01-2020 15:51

Neophyte
Nombre de messages : 37

 


C'est vite fait, je le garde tous les jours de chaque mois et tu le garde le reste du temps, équitable non ?

Sinon, évidemment je remercie aussi tout ceux qui ont participé à la mise en oeuvre de l'entièreté du truc, les EA sont supers ! Un plaisir pour les yeux ! Très fier d'avoir été nommé, d'avoir gagné un trophée, d'avoir un bébé Elaran sur un tableau, qu'une petite bubulle ait rebondi sur le crâne du hobbit (Edit : d'avoir tenté d'assommer Shautmand, n'oublions pas, même si le mérite revient à Leru, merci à elle !) ... tout ça tout ça !

Bon jeu à tous ! (et évitez les chandeliers, ils deviennent de plus en plus dangereux semblerait-il)

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Edité le 16-01-2020 à 15:59 par Elian

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Edité le 16-01-2020 à 16:07 par Elian

Ahlem
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 20-01-2020 09:55

Habitué
Nombre de messages : 76

 


Archi génial !!

Ico, tes deux présentateurs sont extras ! Et ces prix... quel effort ! Merci Niniel pour cette immortalisation ! C'est un régal, tout ca

hop, petit envoi de bubulles encore o° Oo ° blop

Icosaedre
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 20-01-2020 16:13

Maitre de jeu
Nombre de messages : 1736

 


Seul le mérite de Shautmand me revient, vous serez prié d'applaudir Aaricia pour les magnifiques passages de Sakavaal !

Aaricia
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 20-01-2020 20:46

Accro
Nombre de messages : 120

 


Rhoo, merci et bravo à vous tous, c'était en effet un régal de vous lire et de participer cette année encore à la cérémonie côté dépiauteurs ! ^^ Les vainqueurs de cette année, vous nous avez tellement gâtés niveau RP, ainsi qu'Ico avec son organisation et son Shautmand et Niniel avec ses magnifiques trophées ! *0*

Lauve sur vos faces !

Ahotep
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 20-01-2020 22:13

Maitre de jeu
Nombre de messages : 1343

 


Bravo à tous les gagnants et un énorme merci aux organisateurs, c'est toujours super ces awards!

Cedric
   Re: Edenya Awards 2019 - Cérémonie ! (Résultats) Posté le : 24-01-2020 13:36


Merci à toutes celles et tous ceux qui ont permis ce moment!

Félicitations aux gagnantes et gagnants.

Et à tous les participants, bien sûr.

Allez… Et à tous les joueurs/ joueuses!

C.

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